Gourmandise, érotisme, danse révolutionnaire, beauté des objets du quotidien… La portée politique des plaisirs a été pensée et défendue par des hommes et femmes engagées, utopistes, visionnaires, qui en ont fait leur boussole, tant pour nourrir leurs réflexions théoriques que leur militantisme. Retour sur quatre exemples aussi joyeux que révolutionnaires.
« Pas de retraités sur une planète brûlée… Retraites, climat, même combat ! » Depuis les manifestations contre la réforme des retraites, en 2023, difficile d’être passé à côté du morceau emblématique Planète brûlée qui accompagne la naissance du collectif Planète Boum Boum. Fondé dans le sillage d’Alternatiba Paris (renommé Action Justice Climat en 2024) la même année, ce collectif de « techno-activistes » enchaîne depuis les morceaux comme On veut du fret ferroviaire ou Tu remballes ton autoroute en cumulant des milliers d’écoutes en ligne. Leur mot d’ordre : « De la teuf dans les manifs, de la manif dans les teufs ! » DJ sets, chorégraphies enflammées dans les cortèges des manifestations, création de slogans et de chants… En mêlant revendications politiques et cultures festives, Planète Boum Boum contribue activement, depuis sa création, à redonner du souffle aux luttes écolos et sociales. Retour en images sur trois années de mobilisations placées sous le signe de la fête.
Militants écolos et ouvriers ont bataillé ferme aux côtés de riverains pour s’opposer au projet Green Dock, un entrepôt logistique géant prévu en bord de Seine. Une stratégie gagnante puisque, le 20 février 2026, la ville de Gennevilliers a refusé le permis de construire. Faire front commun au-delà des divergences : la recette de la victoire ?
Lutter ensemble, sur le long terme, peut être épuisant. Elsa Deck Marsault, militante féministe et queer, en sait quelque chose. Comme ailleurs, les conflits minent les milieux militants progressistes, avec leur lot de violences. Comment y répondre sans tomber dans les mêmes travers que ceux qu’on critique ? Tel était l’objet de son premier essai Faire justice (La fabrique, 2023), depuis devenu une référence. Pour Socialter, elle revient sur les raisons qui poussent certains groupes à reproduire des mécanismes punitifs, et propose des pistes pour se réapproprier nos conflits.
Dans un contexte d’extrême-droitisation du champ politique et médiatique, comment résister ? Pour la politologue et militante écologiste et antiraciste Fatima Ouassak, également à l’origine du syndicat de parents Front de mères, il s’agit d’abord de « refuser de mettre la question raciale sous le tapis ». L’autrice de La puissance des mères (La Découverte, 2020) et de Pour une écologie pirate (La Découverte, 2023) propose une grille d’analyse à la croisée de l’écologie et de l’antiracisme. L’objectif ? « Travailler à un projet écologiste où l’égale dignité humaine est à la fois le centre et l’horizon. »
« Vous êtes les alliés du cancer et nous le ferons savoir ! », avait crié, dans le grand hémicycle de l’Assemblée nationale, la militante Fleur Breteau, fondatrice du collectif Cancer Colère, en traitement contre cette maladie lors du vote de la loi Duplomb, le 8 juillet 2025 – depuis en partie censurée par le Conseil constitutionnel. La bataille de la dérégulation continue aujourd’hui avec une nouvelle proposition de loi du sénateur Laurent Duplomb, déposée le 30 janvier, qui prévoit la réintroduction de certains pesticides et, au niveau européen, le paquet « Omnibus », qui vise à supprimer le réexamen périodique des autorisations d’usage des pesticides, malgré les alertes répétées de scientifiques et de soignants concernant les effets de ces substances sur la santé humaine. Dans ce contexte, Fleur Breteau continue de faire de la maladie un étendard de ralliement pour rendre visibles les causes structurelles du cancer. En février, elle publie Cancer Colère (Seuil), un livre dans lequel elle raconte son parcours depuis l’annonce de sa maladie et questionne en profondeur les logiques néolibérales qui régissent le monde agricole, les politiques de santé et les nombreux reculs sur le plan écologique.
En France et en Europe, l’assouplissement des réglementations sur les pesticides fait craindre le pire en matière de pollution agrochimique pour les années à venir. Qu’elles soient issues de l’industrie ou de l’agrochimie, les pollutions sont marquées par une géographie sociale, couplée à l’héritage colonial, où la pauvreté est souvent synonyme d’exposition et de vulnérabilité. Des injustices environnementales qui font l’objet de plus en plus de mobilisations.
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