L’extrême droite impose ses thèmes racistes dans un paysage médiatique désormais saturé. Comment y répondre ?
Avant de pouvoir y répondre, il faut mesurer où nous en sommes. L’extrême droite, ou ce qu’on peut appeler la « droite extrême » – puisque Bruno Retailleau (LR) n’a rien à envier à Marine Le Pen (RN) – est une force politique qui monte en puissance. Nous vivons donc dans un pays où une grande partie des votes se dirigent a priori vers l’extrême droite à l’horizon 2027.
À la différence de la droite et des libéraux, l’extrême droite ne se contente pas d’appeler à des inégalités de traitement, elle veut s’attaquer à l’égalité de droit – qui constitue pourtant le fondement de la Ve République. Le Rassemblement national (RN) souhaite instaurer un régime d’exception où les musulmans, les migrants, les non-Blancs ne seraient pas traités de la même manière à l’école, dans les formations, dans la rue, dans les hôpitaux, et même sur la plage. Le risque majeur que représente l’extrême droite réside donc dans cette sortie de l’État de droit.
Entretien issu de notre hors-série « Résister aux nouveaux fascismes », disponible en kiosque et librairie et à la commande.

Pourquoi l’antiracisme est-il un enjeu central pour réfléchir à la manière de résister à l’extrême droite ?
Il ne s’agit pas de prioriser l’importance d’une lutte sur l’autre – je défends l’émancipation en tant que féministe, antiraciste et anticapitaliste, comme les enjeux de la libération animale – mais il faut comprendre ce qui distingue l’extrême droite des autres forces politiques et qui elle vise.
L’extrême droite française cible en premier lieu les non-Blancs, les musulmans, les personnes migrantes et les banlieues, où l’on aurait déversé trop d’argent. Pour lutter contre l’extrême droite, il faut un projet antiraciste au centre de la stratégie politique de la gauche. Or nous n’y sommes pas du tout.
À ce titre, que pensez-vous de la prise de parole de militants antiracistes et décoloniaux qui se sont plaints de discriminations et de violences lors du festival Les Résistantes en août 2025 1 ?
Ce que les militants antiracistes et décoloniaux ont vécu lors de ce festival, je peux en témoigner depuis au moins dix ans, quand j’ai commencé à circuler dans les milieux écolos. Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis rendue à ce type de grand-messe et où je n’ai eu que mes yeux pour pleurer à cause du racisme ordinaire et de l’entre-soi du milieu écologiste.
Si l’on y réfléchit, ce qu’il s’est passé aux Résistantes illustre une bonne nouvelle : il existe désormais des collectifs comme l’Association d’accueil en agriculture et artisanat (A4), Vietnam-Dioxine ou Urgence Palestine qui sont en capacité de répondre collectivement et politiquement au racisme lorsqu’il s’exprime. Cela consiste notamment à demander quel travail structurel est mis en place dans les instances concernées pour que ça ne se reproduise plus.
Par ailleurs, si les luttes antiracistes ont avancé depuis plusieurs années, elles ont grandi dans un espace qui, paradoxalement, s’est rétréci : les conséquences du dérèglement climatique prennent de plus en plus de place, mais le champ de l’écologie comme projet politique, lui, se réduit.








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