Dans la conclusion de votre ouvrage Le Capitalisme de l’apocalypse, votre précédent livre dédié aux libertariens radicaux, vous citez le romancier britannique China Miéville : « La défection est une tactique de losers, mieux vaut s’emparer de l’État. » Votre nouveau livre Hayek’s Bastards démarre précisément là où s’arrêtait le précédent. Peut-on parler d’une suite ?
Ce qui m’intéresse dans les deux cas, c’est cette connexion surprenante entre les libertariens radicaux et l’extrême droite. Les libertariens seraient uniquement focalisés sur la liberté économique et les moyens de la maximiser. Les conservateurs chercheraient, eux, une forme de pureté ethnique, une communauté nationale purifiée de ses envahisseurs. Ces deux groupes, le plus souvent, sont présentés comme des opposés. Leurs mondes, leurs héros et leurs mythes sont différents.
Entretien issu de notre n°72 « L’industrie de la destruction » disponible en kiosque, librairie, à la commande et sur abonnement.

Mais en réalité, ils partagent beaucoup de choses et, depuis une dizaine d’années, ils se sont alimentés mutuellement. Ces deux livres essaient d’expliquer cela. Pourquoi, après la fin de la guerre froide, ont-ils pensé que cela faisait sens de s’allier ? Ces deux groupes souhaitent en réalité faire sécession, sortir des arrangements supranationaux existants. Ils pensent que la mondialisation conduit l’humanité dans la mauvaise direction, qu’il faut nourrir un projet politique anti-mondialisation, pour sauver la liberté et la pureté ethnique.
Le point de départ de votre réflexion consiste à contester l’idée que l’extrême droite défende les citoyens contre les excès du capitalisme…
Tout part de ce moment de rupture qu’a été 2016, cet immense coup dur pour toutes celles et ceux qui étaient dans l’establishment, les universités et les médias : le Brexit et la première élection de Donald Trump. On a essayé de trouver une explication à ce qui s’était passé.
Pendant des années, l’explication principale consistait à dire qu’il s’agissait d’une réponse à la mondialisation néolibérale, que les gens se sentaient démunis, privés de leurs droits, de leur contrôle sur la démocratie, isolés, que leurs communautés avaient été détruites par les délocalisations et la désindustrialisation, minées par l’arrivée d’étrangers incompatibles avec leurs modes de vie, et que ces gens avaient cherché une façon de protester contre tout ça.
« Cette pseudo-science des inégalités, qui postule que la valeur des individus peut se mesurer à leur QI, fait son retour dès les années 1960 en réaction au mouvement des droits civiques, à la décolonisation et au mouvement féministe. »







Cet article est réservé aux abonné·es. Déjà abonné·e ? Connectez-vous.
Envie de lire la suite ? Pour profiter de l’ensemble de nos articles, abonnez-vous.
L’abonnement vous donne accès à l’intégralité de nos articles.