Pensées décoloniales : provincialiser la modernité

Écrit par Youness Bousenna. Publié le . Modifié le .

L’Amérique latine est née de la colonisation européenne initiée en 1492. Elle est aussi un continent de pensée critique qui a émergé à partir de 1992. La date n’est pas un hasard : les célébrations de la « découverte » de Christophe Colomb ont en retour suscité un mouvement de contestation militant et intellectuel. De cette incubation naîtra la pensée décoloniale latino-américaine, dont les principales figures sont Arturo Escobar, Aníbal Quijano et Walter Mignolo. C’est de cette constellation plurielle que les universitaires Philippe Colin (université de Limoges) et Lissell Quiroz (Cergy Paris Université) proposent une passionnante synthèse.

La trajectoire esquissée élargit la focale par rapport au seul collectif de chercheurs du groupe Modernité/Colonialité/Décolonialité (M/C/D) formé au tournant des années 2000, et qui a porté ce mouvement de réflexion autour du concept de « colonialité du pouvoir ». Un vaste premier chapitre revient sur les pensées qui, depuis le XIXe siècle, ont produit une critique systémique du colonialisme (théories de la dépendance, pensées de la libération…) comme fondement occulté de la modernité. Après la présentation des théories du groupe M/C/D, un dernier chapitre explore les « élargissements théoriques et militants » – en particulier féministes et écologiques – d’un mouvement dont la portée intellectuelle est encore, faute de traduction, trop méconnue en français. 

Pensées décoloniales. Une introduction aux théories critiques d’Amérique latine, Philippe Colin, Lissell Quiroz, Zones, 9 mars 2023, 240 pages, 20,50 €.

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Youness Bousenna
À propos de l’auteur·ice
Youness Bousenna
Journaliste. Son travail apparait notamment dans Telerama, Socialter, Le Monde, Limite. Il est également l’auteur de Albert Camus, l’éternité est ici (Première partie, 2019).Retrouver tous ses articles.

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