Au Japon, la tentation d’une écologie conservatrice et nationaliste

Écrit par Nicolas Celnik. Publié le . Modifié le .Illustration par Photos : Nicolas Celnik

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Ils sont presque deux cents, marchant en file à travers la forêt, une paire de gants de jardinage dans une main, un arbuste dans l’autre. Les apprentis semeurs ont répondu à l’appel de l’Association for fostering a green globe, par une matinée qui sent la terre humide et les prémices de la chaleur estivale. Depuis une quinzaine d’années, l’organisation consacre ses efforts à recréer une forêt primaire et sauvage sur les pentes du mont Tsukuba, à une centaine de kilomètres au nord de Tokyo.

Entretien à retrouver dans notre numéro 60 « La tragédie de la propriété », en kiosque, librairie et sur notre boutique. »


Petit à petit, les planteurs remplacent les monocultures de hêtres, semées après-guerre pour fournir du bois de construction, qui occupent aujourd’hui près de 40 % du territoire, mais qui n’ont jamais été récoltées parce que le cours du bois s’est effondré quelques années plus tard. Une manière d’incarner la phrase que nous ont répétée, avec fierté et conviction, des participants à des activités écologiques partout à travers l’archipel : « Les Japonais ont un amour unique de la nature. » Pour le révérend Sakuma, directeur de l’association Nihon Bunka (« culture japonaise »), invité à inaugurer la journée, si « le mode de vie japonais est intimement lié à la nature », c’est parce que « le cœur de la culture japonaise, c’est le shinto ; et le shinto nous invite à voir les divinités qui habitent tout autour de nous ». 

Religion majoritaire au Japon (près de 70 % des Japonais participent à des événements shinto chaque année, contre 68 % pour les événements bouddhistes, les deux religions coexistant en bonne entente), le shinto est souvent décrit comme la religion endémique du pays. Peu institutionnalisée, elle est portée sur la révérence des kamis, les esprits (ou divinités) de la nature. Le shinto compte environ 80 000 sanctuaires à travers le pays, et, dit-on, plus de huit millions de divinités – en réalité, il en existe « yaoyorozu no kami », autrement dit une quantité indénombrable. Le feu est un kami, certains arbres sont considérés comme des kamis, tout comme certaines pierres, ou le mont Tsukuba lui-même, à qui des prêtres ont consacré un rituel en ouverture de l’événement pour s’assurer qu’il accueillerait avec bénévolence les nouvelles semences. « Selon le shinto et la culture japonaise, nous vivons dans la nature, donc au milieu des dieux, et nous en faisons partie. Cela implique qu’il n’y a pas de distinction entre nature et culture », observe Sakuma. Le révérend en tire une conclusion : « Cela nous incite à aimer et respecter notre environnement. »

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Nicolas Celnik
À propos de l’auteur·ice
Nicolas Celnik
Journaliste indépendant, collabore également avec Libération et Reporterre. Nicolas Celnik est le co-auteur avec Fabien Benoît de l’ouvrage « Techno-luttes, Enquête sur ceux qui résistent à la technologie » (Seuil, 2022).Retrouver tous ses articles.

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