Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »

Écrit par Clea Chakraverty. Publié le . Modifié le .Illustration par Illustrations : Cosmo

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Dans ton dernier ouvrage, Éropolitique. Écoféminismes, désirs et révolution, tu appelles le mouvement écologique à se ressaisir de l’érotisme, pourquoi ?

Parce que sans érotisme, nous n’avons tout simplement aucune chance ; parce que l’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains, et enfin parce que tout engagement militant implique un rapport érotique à sa propre lutte.

C’est pour cela que les luttes incluent aussi des ateliers, de la danse, du chant, de la cuisine, des balades naturalistes… La dimension charnelle du politique se vit aussi dans nos amitiés et nos amours, qui nous font bouger.

Ce ne sont pas seulement les discussions très théoriques qui nous font, mais les moments de tendresse, d’amour, de larmes. Toute cette dimension émotionnelle et charnelle suscite attirance et excitation : c’est là que je localise l’érotique. Nous devenons militant·es parce que nous aimons le monde tellement passionnément que nous sommes prêt·es à nous battre pour lui : cet « amour » n’est pas purement idéal, il est aussi physique et affectif.

D’ailleurs, les mouvements réactionnaires développent de leur côté une érotique morbide de la domination, par leur défense de la culture du viol, de l’extractivisme, de la guerre, avec une érotisation croissante des formes de pouvoir et des figures d’autorité. En miroir, les formes de vie dont l’érotisme est gratuit, c’est-à-dire qui ne sert ni la nation, ni la reproduction, ni l’État, sont prises pour cible. L’érotisme écologique permet d’exiger un ici et maintenant de la jouissance d’une vie en commun, une vie qui se savoure, qui excite nos sens, physiques et psychiques, une vie où le plaisir n’est ni une récompense ni un luxe, ni le produit du capitalisme.

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À propos de l’auteur·ice
Clea Chakraverty
Clea Chakraverty est journaliste et rédactrice en chef adjointe du magazine Socialter.Retrouver tous ses articles.

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