Nous nous rencontrons six mois après le vote de la loi Duplomb et les débats qu’elle a suscités sur les pesticides, qui ont marqué la naissance et la médiatisation de Cancer Colère, en juillet 2025. En plus de revenir sur l’objectif initial du collectif, pouvez-vous expliquer comment il se positionne aujourd’hui ?
La création du collectif part d’une colère issue de mon expérience à l’hôpital après le diagnostic de mon cancer. Cette colère est nourrie de la peur de mourir, du vécu dans mon corps pendant la maladie et des discussions avec les gens que j’ai rencontrés. Quand j’ai commencé le protocole de soin, j’ai pris conscience qu’il y avait un grand nombre de personnes très jeunes. Pourquoi sont-elles si nombreuses alors qu’on nous répète que la multiplication des cancers est due au vieillissement de la population ?
Entretien issu de notre n°74 « Qui paie le prix des pollutions ? », disponible à la commande.

Un mois et demi plus tard, j’apprends que les scientifiques parlent désormais d’« épidémie » pour qualifier l’augmentation des cancers chez les jeunes. Avec une hausse de 80 % en vingt ans, le professeur Fabrice Barlesi, directeur du centre Gustave-Roussy (le premier centre de lutte contre le cancer en Europe, NDLR) dit qu’il faut se préparer à un « tsunami »1. Au même moment, je découvre le projet de loi Duplomb. Je suis en pleine chimio quand j’apprends, hébétée, que les sénateurs se réjouissent de l’avoir votée.
En réaction, j’ai voulu politiser la maladie en rappelant que les causes environnementales, comme les inégalités sociales, sont des facteurs structurels de l’épidémie de cancer. Or, les liens entre les pesticides et certaines maladies comme le diabète, la maladie de Parkinson, l’endométriose, les maladies auto-immunes ou encore la maladie de Crohn – bien que désormais scientifiquement établis – sont rarement évoqués à l’hôpital. Les causes sont souvent encore réduites aux comportements individuels.
Depuis mon intervention à l’Assemblée nationale (le 8 juillet 2025, NDLR), le collectif Cancer Colère s’est progressivement structuré. Il y a aujourd’hui plus de 500 membres en France, en Belgique et en Suisse, répartis dans 25 antennes locales. Une grande partie des personnes qui ont rejoint le collectif sont des jeunes femmes. La plupart sont malades, ou l’ont été, et n’ont jamais milité de leur vie – preuve que la santé peut amener des gens, comme moi, à se politiser.
L’énergie qui se dégage de notre collectif est très particulière. Elle est, tout d’abord, émotionnellement chargée. Certaines camarades commencent à militer puis rentrent à l’hôpital sans que l’on sache quand elles en sortiront. Cela crée un sentiment d’urgence très fort et l’envie de prendre soin les unes des autres. Puis, nous venons de régions différentes et nous avons parfois des divergences d’opinions politiques. Mais notre objectif reste le même : rendre l’usage des pesticides honteux.
Pour ce faire, nous comptons développer notre plaidoyer, des projets d’éducation populaire, continuer de tracter devant les hôpitaux et d’imaginer des actions communes – comme celle du 9 janvier où nous avons bloqué le périphérique parisien avec la Confédération paysanne… Et tenter d’être en relation avec les directions des centres d’oncologie avec, comme boussole, la volonté de comprendre comment mieux informer les patients et leur ôter la culpabilité et la honte liées à leur maladie.




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