Ariane Lavrilleux : « La France n’a aucun moyen de contrôle sur les armes vendues et leur destination finale »

Écrit par Clea Chakraverty. Publié le . Modifié le .Illustration par Illustration : Elie Huault

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Pouvez-vous tout d’abord revenir sur les termes consacrés à ce secteur ? On parle d’industrie militaire, de secteur de la défense, d’armement, comment s’y retrouver ?

Les autorités et les professionnels aiment bien utiliser des termes qui renforcent l’opacité de ce secteur, et qui lui donnent parfois beaucoup plus d’importance qu’il n’en a en réalité d’un point de vue industriel. 

L’expression qui revient est « BITD » pour « base industrielle et technologique de défense », et qui regroupe toutes les entreprises qui travaillent pour ce secteur. Officiellement, ce dernier totalise 220 000 emplois directs et indirects, et 4 500 entreprises. Les ministres des armées aiment présenter ce secteur comme très important et dynamique économiquement, or son poids reste limité : l’industrie en tout compte 3,2 millions de salariés.

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Surtout, en France, l’industrie de la défense est dominée par huit gros groupes : Airbus, Dassault Aviation, Naval Group, Thales, MBDA, Safran, Nexter (aujourd’hui KDNS, NDLR) Arquus, qui représentent 80 % des ventes de la défense à des clients étrangers. L’État français est actionnaire de certains et, pour la plupart, un important commanditaire. C’est aussi lui qui autorise leurs exportations et leurs licences. Ces grosses entreprises font vivre à leur tour une kyrielle de PME. Cette particularité rend le secteur extrêmement sensible au politique1.

Comment ce secteur pèse-t-il au sein du jeu politique justement ? Notez-vous une attention plus accrue depuis les mandats d’Emmanuel Macron par exemple ?

On observe surtout une grande continuité en politique française en matière d’exportation d’armes. De Gaulle a installé cette dynamique comme priorité de la Ve République en créant dès les années 1960 la Direction générale de l’armement (DGA), avec l’ambition de faire de la France une puissance mondiale à l’image des États-Unis ou de la Russie. Pour y parvenir, il voulait doter le pays d’une armée forte et autonome en matière d’armement. Dès sa création, la DGA demande aux industriels de réaliser au moins 30 % de leur chiffre d’affaires avec les ventes à l’étranger. L’idée est de faire baisser les coûts de production tout en continuant de produire sur le territoire national, pour l’armée française.

Pour accomplir ce « cercle vertueux », la France mêle exportations d’armes et diplomatie très tôt, comme le racontent très bien Aymeric Elluin et Sébastien Fontenelle dans Ventes d’armes, une honte française (Le Passager clandestin, 2021), en s’alliant avec des régimes à qui personne ne veut vendre des armes : Israël et le régime d’apartheid de l’Afrique du Sud en premier lieu2.

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À propos de l’auteur·ice
Clea Chakraverty
Clea Chakraverty est journaliste et rédactrice en chef adjointe du magazine Socialter.Retrouver tous ses articles.

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