Au Rojava, l’utopie du confédéralisme démocratique vacille

Écrit par Iris Lambert. Publié le . Modifié le .Illustration par Photos : Philémon Barbier

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D’un pas agile, rompu au slalom entre les débris, Mohammed* longe un alignement de bâtiments squelettiques et désossés, enracinés dans des chemins de terre bordant, par le nord, la ville kurde emblématique de Kobané, connue pour sa résistance face aux forces de l’État islamique (EI)1 lors de la guerre civile syrienne en 2014.

Devant lui, une bâtisse de quatre étages, en équilibre sur des colonnes de béton criblées de balles, s’étire vers le ciel. « C’est ici que se trouvait l’une des dernières poches de résistance contre l’EI lors du siège de Kobané, en 2014. Nous étions 60 combattants retranchés dans cet immeuble. Nous ne sommes plus que sept à être encore en vie. » Son visage aux traits ronds et fatigués se tourne vers l’horizon. À quelques centaines de mètres, un long mur balafre les champs, marquant la frontière avec la Turquie. « Il ne faut pas s’en approcher, autrement les snipers turcs vous tirent dessus », avertit Mohammed, qui travaille aujourd’hui pour les services de sécurité de la ville.

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Il soupire : « Tous mes amis sont morts en se battant contre l’EI, puis contre la Turquie et ses milices ces dernières années. Et aujourd’hui, nous sommes à un tournant de notre histoire : soit nous obtenons nos droits, soit nous disparaîtrons. » Car à Kobané, comme dans de nombreuses autres villes de l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie (Aanes), longtemps connue sous le nom de « Rojava » (terme officieux non reconnu par tous les acteurs, NDLR)), « la guerre ne s’est jamais vraiment arrêtée », explique Mohammed. Or ce « nous » qu’il évoque ne concerne pas que les combattants kurdes mais bien tout un système politique.

Confédéralisme démocratique

Né dans le sillage de la révolution syrienne de 2011, ce gouvernement pro-kurde rebelle et autonome s’est construit à partir de 2013 sur les principes du « confédéralisme démocratique »2, principalement promu en Syrie par le Parti de l’union démocratique (PYD), une organisation soeur de la guérilla du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Opposée à la dictature de Bachar Al-Assad, la région s’est structurée autour d’un système politique prônant la démocratie directe, l’égalité des genres, le pluralisme ethnique et religieux3 ainsi qu’une économie d’inspiration socialiste reposant sur des coopératives autogérées.

Menacé d’abord par l’État islamique, ce modèle souffre et s’essouffle depuis plusieurs années sous les bombes et les offensives militaires orchestrées par la Turquie de Recep Tayyip Erdoğan, qui accuse les autorités de l’Aanes d’être des affidées du PKK, considéré comme « organisation terroriste » par Ankara et auto-dissous le 12 mai 2025.

Fawaz Ahmed, coprésident du Conseil des municipalités de l’Euphrate, dans son bureau à Kobané, en Syrie, en février 2025.

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À propos de l’auteur·ice
Iris Lambert
Iris Lambert est journaliste indépendante et doctorante en sciences politique et relations internationales.Retrouver tous ses articles.

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