Dans la Vallée de la Roya : entre éco-anxiété et solidarité

Écrit par Victoire Radenne. Publié le . Modifié le .Illustration par Photos : Cyrille Choupas

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Quand les premières gouttes surviennent en cette fin d’été, les visages se tendent, les mines se renfrognent. Des yeux inquiets font des allers-retours entre le ciel d’averse et la rivière, dont on guette le gonflement ; on vérifie si l’eau n’y est pas trop boueuse, et puis vite, on rentre chez soi. Les souvenirs sont encore vifs dans la vallée de la Roya, située dans le département des Alpes-Maritimes, à la frontière de l’Italie. La tempête Alex qui s’est abattue il y a bientôt deux ans aura fait dix morts et huit disparus dans l’arrière-pays niçois.

Reportage issu de notre numéro « Êtes-vous éco-anxieux ? », disponible en kiosques, librairies, et sur notre boutique. 


À l’approche de ce sinistre anniversaire, les souvenirs douloureux rejaillissent, la mémoire entre en ébullition. « Chaque jour, j’entends un nouveau récit sur la tempête », témoigne Odilon Gournay, bénévole des chantiers de reconstruction, aujourd’hui installé à Saorge, village haut perché relativement épargné. « Alex, c’étaient des tsunamis qui déferlaient des crêtes », rappelle-t-il. Les chiffres, colossaux, donnent une certaine idée du chaos : en quelques heures seulement, plus de 500 litres d’eau au mètre carré sont tombés, les rivières ont crû à plus de 8 mètres de hauteur, arrachant du sol une centaine de maisons. Une catastrophe climatique inédite, expliquée par la conjonction d’une haute température de la Méditerranée avec une masse d’air froid venue des hauteurs. Le cauchemar ne s’est pas arrêté aux seuls jours d’intempéries. Durant des mois, l’eau, l’électricité et la mobilité n’étaient plus choses acquises. Les journées des cinq villages sinistrés étaient rythmées par les ravitail­lements opérés par hélicoptère. 

Une vallée balafrée, et des habitants eux aussi meurtris jusque dans leur chair : « C’est comme si la tempête avait blessé nos corps », témoigne Charles, enfant du pays et cofondateur de l’association Remontons la Roya. Selon lui, cet attachement à la Roya s’explique par son isolement, qui en façonne le caractère. « Ici, c’est une sorte de poche. On ne se sent pas vraiment en France, ni vraiment en Italie, c’est une géographie qui offre la paix. » Depuis les années 1970, la vallée de la Roya représente une échappatoire aux tourments de la ville : « Nous, les soixante-­huitards, on est venus vivre ici pour les mêmes raisons que les néoruraux aujourd’hui », confirme Jean-­Michel Diesnis, psychologue et aussi membre de l’association. Aupa­ravant bordée d’une végétation luxuriante, « la Roya est aujourd’hui un long fleuve de cailloux », jonché d’arbres éventrés, de déblais et d’infrastructures de chantier. 

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À propos de l’auteur·ice
Victoire Radenne
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