L’autonomie, c’est choisir sa dépendance

Écrit par Philippe Vion-Dury. Publié le . Modifié le .Illustration par © Cyrille Choupas

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Qu’est-ce qui a motivé Autonomes ?

J’avais réalisé le documentaire précédent, N’importe qui, en Mayenne également. En écumant ce département, j’ai pris conscience de sa bizarrerie. On y trouve de nombreuses pratiques alternatives très différentes : de jeunes urbains qui viennent s’installer pour gagner en autonomie et, à côté, des pratiques interstitielles et occultes plus traditionnelles, immémoriales : guérisseurs, sourciers, énergéticiens, médecine par les plantes, etc. J’ai eu envie de faire un documentaire qui ferait le pari de montrer ensemble ces deux voies alternatives, sans anticiper sur ce qui peut se jouer entre elles. D’un côté, l’axe des « guérisseurs » ; de l’autre, des anarchistes objectifs comme ces jeunes hommes qui développent un projet d’autonomie agricole. C’est au spectateur de tisser ensuite des liens. La continuité de tout ça reste discutable, mais c’est fait pour – le montage a cette fonction-là au cinéma : voir ce que deux images collées l’une à côté de l’autre peuvent donner. On verra si les gens trouvent complètement incongru d’avoir une scène de magnétisme à côté d’un café alternatif qui tente de survivre dans une forme d’autonomie économique.

Pour laisser s’exprimer la capacité d’interprétation et l’intelligence du spectateur ?

Oui, ou tout simplement la perception : qu’est-ce que ça fait au corps du spectateur ? Ça, je ne peux pas en préjuger. J’ai moi-même découvert des choses au montage. Ce documentaire a les défauts de ses qualités : d’une certaine manière, il ne creuse pas assez tout ce qu’il aborde puisque, précisément, son option est de faire une petite panoplie de l’autonomie. Ça me laisse un peu frustré, mais l’effet panoplie peut être intéressant. Une sorte de petit tour du propriétaire de l’autonomie, dans sa version rurale (mais y en a-t-il une autre ?).

Reste qu’un personnage est assez central dans le film : le survivaliste. C’est un acteur ?

Ceux qui auront vu N’importe qui sauront que c’est un comédien, mais j’ai tout fait pour qu’on le sache le plus tard possible. Le principe de départ était eustachien : filmer la fiction comme un documentaire et filmer le réel comme une fiction. Donc filmer la fiction de cet homme des bois dans une facture reportage. Les premiers spectateurs du film ont eu l’air de marcher dans l’embrouille. J’ai créé de toutes pièces ce personnage car cette version radicale de l’autonomie manquait à ma panoplie. Je ne l’appelle pas « survivaliste », car le mot a des casseroles. C’est juste un mec qui a fait le choix d’une version radicale de l’autonomie : habiter tout seul, dans les bois, dans une grotte, et se démerder. Mais je ne l’ai pas trouvé – et pas beaucoup cherché d’ailleurs, car je suis convaincu qu’en réalité il n’existe pas. Je n’étais pas certain que ce serait dans le film, mais la monteuse m’a convaincu de garder les séquences.

Pourquoi avoir choisi l’option documentaire pour aborder l’autonomie, toi qui es aussi romancier, essayiste, metteur en scène…

J’avais en réalité déjà abordé la question de l’autonomie dans La Politesse (Verticales, 2015), un de mes livres (un bide), où je narrais les aventures d’un écrivain qui se baladait dans le champ culturel. J’en faisais une succession de saynètes sur l’existence sociale réelle d’un écrivain, au-delà des fantasmes : rencontre en…

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