Alain Caillé : Éloge raisonné de la gratuité

Écrit par Alain Caillé. Publié le . Modifié le .Illustration par © Bertrand Dubois

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Cette tribune a été publiée dans le numéro 36 de Socialter, « Et si tout devenait gratuit ? », disponible sur notre boutique en ligne.

Proposer un « éloge raisonné de la gratuité », c’est courir le risque de rebuter d’entrée de jeu le lecteur. Dans cette formulation quelque chose met sourdement mal à l’aise, comme s’il s’agissait de marier le chaud et le froid, la carpe et le lapin, de concilier des inconciliables. Peut-on rechercher raisonnablement la gratuité ? La gratuité peut-elle être du côté du raisonnable ? Voilà qui n’est nullement évident. D’un côté, l’idée de gratuité évoque ce que nous désirons au plus haut point : recevoir tout ce que nous désirons, sans avoir besoin de rendre ni même de demander.

Mais, d’un autre côté, elle représente aussi la figure par excellence de l’impossible. « There is no such thing as a free lunch [il n’existe pas de repas gratuit] », disent les Anglo-Saxons. Et il y a peu de chances que « demain, on rase gratis ». Ainsi prise en étau entre désirabilité extrême et impossibilité radicale, l’aspiration à la gratuité semble devoir échapper à la raison. Et plus encore, peut-être, au raisonnable, à la mesure. La gratuité pure, n’est-ce pas ce qui semble devoir couler à flots, en abondance, sans jamais s’arrêter ?

Et pourtant, il nous faut bien procéder à des arbitrages et déterminer quelle part de nos désirs il est effectivement possible de satisfaire, quel prix il nous faudra payer pour cela. Qu’est-ce qui, au contraire, pourra s’obtenir gratuitement. Question d’autant plus redoutable et complexe qu’il n’est nullement certain que toute gratuité soit désirable. Ce que nous recevons de manière apparemment gratuite, ne faudra-t-il pas le payer tôt ou tard, d’une manière ou d’une autre, sous une forme ou une autre ? Recevoir gratuitement, n’est-ce pas se mettre sous la dépendance de celui qui donne et prodigue les bienfaits ?

Une aspiration universelle

Que nous désirions recevoir…

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Alain Caillé
À propos de l’auteur·ice
Alain Caillé
Alain Caillé est sociologue. Il a participé à la redécouverte des travaux de l’anthropologue Marcel Mauss sur le don. Il dirige la Revue du MAUSS (Mouvement anti-utilitariste en science sociale) et a consacré de nombreux ouvrages à ces questions.Retrouver tous ses articles.

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