Aurora Gómez se souvient très bien de ses 17 ans. Et pour cause, c’est l’âge qu’elle avait quand sa famille a été expropriée de sa maison, transmise jusque-là de génération en génération. Nous sommes au début des années 2000, et le gouvernement régional de Castille-La Manche cherche alors à faire de la place pour un projet ambitieux : la construction d’un aéroport international à 200 kilomètres de Madrid, la capitale espagnole.
La jeune fille voit les machines arriver et bétonner une vaste zone agricole. Depuis, l’aéroport – inauguré en 2008 – n’est plus qu’un amas de bâtiments vides, en déréliction, incarnation de la bulle spéculative du BTP espagnol. Plus aucun avion ne foule son tarmac. Il a même été vendu aux enchères à un groupe chinois pour la somme de… 10 000 €, un prix cent mille fois inférieur à son coût.
Article à retrouver dans notre hors-série « Décroissance : Réinventer l’abondance », disponible en kiosque, librairie et sur notre boutique.

Ton nuage assèche ma rivière
Vingt ans plus tard, en découvrant que Meta, maison-mère de Facebook, a fait l’acquisition de près de 200 hectares dans la petite ville de Talavera de la Reina, pour y implanter un des plus grands centres de données d’Europe, Aurora a l’impression de revivre le même épisode. La jeune femme s’est politisée avec le mouvement des Indignés, et s’intéresse depuis plusieurs années aux infrastructures numériques.







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