Les premières secousses des Soulèvements de la Terre

Écrit par Fabien Benoit. Publié le . Modifié le .

Plus d’un an après les violences policières de Sainte-Soline, le temps semblait venu pour Les Soulèvements de la Terre de dresser un bilan et d’explorer des pistes stratégiques pour l’avenir. Outre le rappel des actions menées contre les mégabassines ou l’industrie du béton, ce livre collectif, dense et riche, où s’alternent récits de mobilisation et réflexions théoriques, vient réaffirmer plusieurs fondamentaux du mouvement et, en premier lieu, l’idée de « composition », soit le fait de réussir à regrouper des collectifs aux sensibilités et aux modes d’action différents, mus par des horizons communs.

Il réaffirme également la nécessité d’agir, de faire atterrir l’écologie, de l’ancrer dans des territoires, et une méthode : le recours au blocage, ou la « suspension d’une infrastructure responsable du ravage écologique », au désarmement, soit la « mise en pièces d’infrastructures ou de chantiers qui accélèrent la catastrophe en cours », et enfin à l’occupation de terres, sur la modèle de la zone à défendre. Ce faisant, les Soulèvements de la Terre entendent ainsi rompre avec l’hégémonie de la désobéissance civile non violente dans le champ de l’écologie politique et se départir de sa dimension moralisatrice, jugée impuissante, voire contre–productive.

Mais dès lors, que faire quand le pouvoir choisit de répondre par la répression ? Conscients de naviguer « entre les insuffisances de l’autonomie diffuse, les dangers du léninisme et l’étroitesse de vue du réformisme », les auteurs développent trois hypothèses stratégiques : le démantèlement des infrastructures écocidaires, la création de contre-pouvoirs locaux et le soutien au réformisme. Le défi consiste à ne négliger aucune de ces pistes et à les faire vivre ensemble.

Le démantèlement doit quant à lui acter le franchissement d’un cap : « Le désarmement est un geste, une action. C’est un coup d’éclat pour interpeller et impacter. Le démantèlement est un processus de transformation, un long cheminement politique. » Il ne consiste pas en une « redirection écologique » des entreprises et en la création d’une filière experte et technocratique, comme le suggèrent par exemple les chercheurs Alexandre Monnin, Diego Landivar et Emmanuel Bonnet dans leur essai Héritage et Fermeture (Divergences, 2021), mais en un art de « défaire et refaire », mené par les habitants et les travailleurs, afin de transformer les usages et fonctions des infrastructures toxiques.

Si multiplier les ZAD et les alternatives ne peut être une fin en soi, le mouvement de « reprise de terres » doit lui « s’enlianner » en tissant ces initiatives locales entres elles et en faisant émerger des outils collectifs pour acquérir des parcelles et les sortir des griffes de l’agro-industrie. Enfin, dans l’idée de dépasser le vieux clivage « réforme-révolution », il convient de ne pas lâcher l’échelon national et de soutenir les propositions qui peuvent être synonymes de changements immédiats, comme un moratoire sur les projets de mégabassines.

S’il s’agit là d’une « ligne de crête », difficile à tenir selon eux, ce texte, par son absence de dogmatisme, sa lucidité et sa volonté de réfléchir à ciel ouvert, est là pour nous rappeler, s’il en était encore besoin, à quel point Les Soulèvements de la Terre portent un message et un projet précieux.

Premières secousses. Les Soulèvements de la Terre La Fabrique → 19 avril 2024 – 296 pages – 15 €

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À propos de l’auteur·ice
Fabien Benoit
Journaliste indépendant et auteur de « The Valley, une histoire politique de la Silicon Valley » (Les Arènes)Retrouver tous ses articles.

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