La malédiction de la muscade

Écrit par Fabien Benoit. Publié le . Modifié le .

Une nuit de 1621, une lampe tombe dans l’archipel des Moluques. L’événement anodin se termine en massacre : les Hollandais éradiquent les habitants de l’île de Banda Besar, où pousse le très convoité muscadier, pour établir leur monopole. Quelques décennies plus tard, la noix de muscade et le clou de girofle sont à leur tour touchés par la « malédiction des ressources ». Le puritanisme gagne la bonne société européenne, les épices deviennent associées au « vice solitaire » et le marché s’effondre. Les Hollandais décident donc de faire de la muscade et du clou de girofle des produits de luxe : l’une sera cultivée uniquement dans les îles Banda, l’autre sur l’île d’Ambon. Sur le reste de l’archipel des Moluques, tous les girofliers et muscadiers sont arrachés et éradiqués. Populations et plantes subissent à égalité la prédation de l’Homme blanc.

Tranchant avec un anthropocentrisme traditionnel, Amitav Ghosh raconte avec puissance les racines destructrices de la modernité capitaliste, idéologie européenne qui reconnaît le « monde-comme-ressource » et conduit non seulement au génocide de populations colonisées mais également à ce qu’il nomme un « omnicide », ou le désir de tout détruire. Jusqu’au lien spirituel qui unissait les populations des îles Banda à la noix de muscade ou les Amérindiens à leurs terres. À contre-courant du mythe de la modernité, Amitav Ghosh invite à considérer l’hypothèse Gaïa – la Terre comme entité vivante – comme l’antithèse de ce système prédateur qui mène à la colonisation et à l’écocide.

La malédiction de la muscade Une contre-histoire de la modernité Amitav Ghosh Wildproject → janvier 2024 – 360 pages – 25 €

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À propos de l’auteur·ice
Fabien Benoit
Journaliste indépendant et auteur de « The Valley, une histoire politique de la Silicon Valley » (Les Arènes)Retrouver tous ses articles.

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