Terres de luttes : « Nos luttes victorieuses sont bien plus que des mouvements d’opposition »

Écrit par Terres de luttes. Publié le . Modifié le .Illustration par Photos : Sarah Witt & Vincent Verzat

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À l’automne 2015, alors que les feuilles commencent à tomber sur les collines verdoyantes du Pays basque, un message d’alerte arrive dans la boîte mail du Collectif des associations de défense de l’environnement (Cade). Des militants bretons préviennent qu’une petite entreprise nommée Sudmine a déposé un permis de recherche minière sur 126 km2 couvrant onze communes autour de Cambo-les-Bains. L’objectif : prospecter pour de l’or dont les gisements avaient été exploités dans la région depuis l’époque des Tarbelles, population autochtone antérieure aux Romains.

Éditorial issu de notre hors-série « De la lutte à la victoire », en kiosque, librairie et sur notre boutique.

Sudmine présente alors son projet sous ses plus beaux atours : une mine « écologique », produisant de l’or en « circuit court » à destination des artisans locaux. Un discours séduisant, empruntant habilement aux préoccupations contemporaines sur la relocalisation et la soutenabilité. Mais les militants du Cade et de l’association Stop Mines, bientôt constituée pour coordonner la résistance, savent que là où se trouve de l’or, se trouve aussi souvent de l’arsenic, et que les déchets miniers, exposés aux intempéries, risquent de contaminer durablement les sols et les cours d’eau.

Plus inquiétant encore, le « droit de suite » inscrit dans le Code minier français signifie qu’une fois l’autorisation de recherche accordée, il devient pratiquement impossible de refuser l’exploitation future du gisement. Les projets d’exploration minière fonctionnent souvent ainsi : de petites entreprises comme Sudmine investissent dans la recherche, puis revendent leurs découvertes à des multinationales qui disposent des moyens nécessaires pour l’extraction à grande échelle.

Or le territoire menacé n’est pas n’importe lequel. Il s’agit du secteur de l’AOP piment d’Espelette, produit emblématique du Pays basque. Et rapidement, une coalition inattendue commence à se former, réunissant des agriculteurs de la Confédération paysanne, des militants de la mouvance abertzale (indépendantiste basque), des écolos de longue date comme ceux du Cade, qui apportent leur expertise sur les enjeux environnementaux ou encore le collectif Bizi, connu pour ses actions médiatiques créatives.

Le mouvement gagne en ampleur, et des élus locaux, d’abord réticents à s’opposer ouvertement aux services de l’État, prennent position contre le projet. Finalement, en février 2018, Sudmine jette l’éponge. Ainsi, en seulement trois ans, grâce à l’alerte donnée par des militants bretons, un collectif basque s’est monté et a obtenu l’arrêt d’un projet destructeur. Un record pour une lutte dans le secteur minier.

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À propos de l’auteur·ice
Terres de luttes
Depuis 2021, Terres de Luttes soutient partout en France des collectifs en lutte contre la bétonisation des terres et les grands projets imposés et polluants. L’association propose des formations, des conseils juridiques, documente les luttes et aide à faire émerger entre elles des coalitions d’entraide. L’association a publié en décembre 2024 une enquête, « Quand la lutte l’emporte », réalisée avec la revue Silence, sur les victoires de la décennie écoulée, nourrie de plus de 40 entretiens auprès des acteurs et actrices de luttes locales. Terres de luttes porte aujourd’hui une initiative nationale pour multiplier les dynamiques de résistance locale face à la montée de l’extrême droite. Terres de luttes co-organise cet été une nouvelle édition du festival Les Résistantes, qui mêle formations militantes et temps festifs, du 7 au 10 août dans l’Orne. Ces rencontres avaient rassemblé en 2023 près de 8 000 personnes sur le plateau du Larzac.Retrouver tous ses articles.

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