Lucie Castets, on vous a découverte à l’été 2024 comme la candidate du Nouveau Front populaire au poste de Première ministre. Avant cela, vous avez été militante au sein du collectif Nos services publics. Pourquoi vous apparaît-il déterminant aujourd’hui de replacer ce sujet au cœur de la conversation à gauche ?
Défendre les services publics, c’est défendre le fait que chacun puisse accéder à la même chose, quels que soient ses moyens, son origine, son parcours… Ils incarnent l’expérience des valeurs de solidarité, de partage, d’universalité, dans le concret de nos vies quotidiennes. C’est pourquoi j’espère que les services publics pourront constituer une armature pour la gauche.
Il faut travailler en priorité à restaurer ce qui a été détricoté dans les années passées, notamment dans les secteurs clés de la santé et de l’éducation. Mais il est aussi nécessaire d’avoir une vision de long terme, et de se réapproprier certains types de services publics qui sont moins intuitifs à gauche, comme la sécurité et la protection, dans une acception large.
Quand les gens voient que ces services ne fonctionnent plus ou mal, que certains types de délinquance, comme le détournement d’argent ou l’évasion fiscale, sont moins sanctionnées que d’autres, cela renforce la défiance vis-à-vis de l’État et l’envie de se détourner des règles communes. À gauche, nous avons parfois un peu abandonné certains de ces sujets.
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Par ailleurs, il faut penser en continu l’évolution des services publics et l’extension de leur périmètre, pour qu’ils puissent s’adapter à l’évolution de la société et de ses besoins. Cela concerne aussi bien le soin que l’accès à l’eau ou la façon de concevoir l’information, comme le souligne Reporters Sans Frontières, qui plaide pour un « New Deal pour le journalisme ». Je ne dis pas qu’il faut tout republiciser, mais pour réguler au mieux, notamment les réseaux sociaux, il faut réinjecter du service public.
En quoi cette thématique est-elle stratégique, d’un point de vue politique ?
Aujourd’hui, de nombreuses personnes se tournent vers le Rassemblement national (RN) car elles se sentent abandonnées par la puissance publique. Je ne nie pas du tout le racisme qu’il peut y avoir au sein de l’électorat RN, mais je sais aussi que ce racisme est nourri par un sentiment de relégation, qui débouche sur une forme de concurrence des précarités. Lorsque l’on vit loin d’une gare, que l’on n’a pas accès à un logement social, et que, par ailleurs, on entend à longueur de journée sur certaines chaînes télévisées qu’un migrant qui arrive sur notre sol est logé gratuitement dans le meilleur hôtel de la ville… Cela peut expliquer que certains succombent aux discours fallacieux de l’extrême droite.
« On se rend compte qu’une part croissante de la dépense publique est consacrée au soutien aux entreprises. (…) Cette dynamique est beaucoup plus importante que pour les services publics, elle augmente même cinq fois plus vite ! »
Le sujet des services publics doit être pensé au-delà des gens ayant une sensibilité de gauche, car ils concernent tout le monde. Cessons de les concevoir comme « un truc de pauvres ». Les services publics sont non seulement le patrimoine de ceux qui n’en ont pas mais leur existence profite à la société dans son ensemble : aux ménages aisés, aux entreprises, etc. Il me semble qu’il faut remettre cette idée au cœur du débat public.







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