Colonisation en Cisjordanie : la résistance du village agricole de Wadi Fukin

Écrit par Anne Waeles. Publié le . Modifié le .Illustration par Photos : Victorine Alisse

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«Ils ont coupé la montagne ! » s’exclame Marwa en s’approchant de la route israélienne en construction sur les terres de son village palestinien, Wadi Fukin. « C’est comme s’ils avaient détruit une partie de moi », ajoute-t-elle tristement. Marwa a 24 ans et elle a grandi dans ce village agricole de 1 300 habitants, niché au fond d’une vallée fertile en Cisjordanie. Les nombreuses sources qui l’irriguent en ont fait longtemps le « grenier de Bethléem », la ville la plus proche, à quelques kilomètres à l’est. Il a pourtant perdu depuis longtemps son ambiance paisible et l’écrin de nature dans lequel il était enserré.

Reportage issu de notre n°74 « Qui paie le prix des pollutions ? », disponible en kiosque et librairie et à la commande et sur abonnement.

Tout autour du village se dressent les colonies ultra-orthodoxes de Betar Illit et Hadar Bettar, construites dans les années 1980 sur des terres du village, et la ville israélienne de Tzur Hadassa, construite en 1956 sur le village palestinien dépeuplé de Ras Abu Ammar. Leurs immeubles massifs et symétriques, aux couleurs ocre, sur les hauteurs, encerclent Wadi Fukin et ses maisons basses et disparates dans la vallée, procurant une sensation d’étouffement quand on arrive dans le village. Près de 87 % des terres de Wadi Fukin ont été absorbées par ces enclaves.

Aujourd’hui, l’asphyxie du village s’accélère. Sur l’unique route menant aux premières maisons, des tracteurs s’activent pour étendre la colonie illégale de Betar Illit. De l’autre côté, à flanc de montagne, une route est en construction, destinée aux colons. Un tiers de ce qu’il reste des terres de Wadi Fukin disparaîtra. À ces constructions s’ajoutent une politique d’intimidation menée conjointement par les colons et l’armée israélienne, et la destruction récurrente de maisons ou d’installations agricoles du village. Des stratégies bien documentées pour encourager le départ des Palestiniens.

Une route pour les colons

Alors que tombe l’obscurité, les éclairages puissants des deux colonies, sur les hauteurs, aveuglent les habitants de Wadi Fukin, contrastant avec les faibles lumières du village, où nous rejoignons Ahmed et sa famille. Ahmed, quadragénaire placide, travaille pour l’UNRWA1 dans le camp de réfugiés de Dheisheh, à quelques kilomètres de là. C’est dans ce camp que les villageois de Wadi Fukin se sont réfugiés en 1951, après que le village a été dynamité par les soldats israéliens. Le père d’Ahmed, comme les autres habitants, a continué à cultiver ses terres depuis le camp jusqu’en 1972, date à laquelle ils ont pu reconstruire leur village. Wadi Fukin est la seule localité palestinienne qui a pu être reconstruite après la guerre de 1948.

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À propos de l’auteur·ice
Anne Waeles
Anne Waeles est journaliste indépendante, documentariste radio et écrivaine.Retrouver tous ses articles.

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