Au Chili, une nouvelle constitution liquide l’héritage néolibéral

Écrit par Marion Esnault. Publié le . Modifié le .Illustration par Photogaphies : Marion Esnault
Émeutes de 2019 au Chili

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Le 18 octobre 2021, Elisa Loncón, présidente autochtone de la Convention qui écrit la nouvelle Consti­tution chilienne, sonne la clochette pour que ses collègues prennent place dans l’hémicycle en bois orné. Coiffée de la couronne argentée traditionnelle du peuple mapuche, elle débute la séance d’une voix assurée : « Aujourd’hui, nous commençons une nouvelle étape dans le processus constitutionnel. Aujourd’hui, nous allons initier les débats sur les contenus de la nouvelle Constitution. » Deux ans jour pour jour après le premier acte d’une révolution sociale qui a secoué le pays pendant des semaines, l’Assemblée constituante marque le début d’une nouvelle étape dans le calendrier d’écriture de sa nouvelle Constitution. Trois mois après le début des travaux, dans l’ancien Congrès de Santiago (qui n’avait plus accueilli d’assemblée démocratique depuis la dictature d’Augusto Pinochet, arrivé au pouvoir en 1973), les 155 membres élus en mai 2021 votent le règlement interne, la composition des Commissions et les normes qui vont régir le travail des constituants. « Les premiers mois de travaux étaient essentiels : nous avons posé les bases fondamentales pour écrire la nouvelle Constitution. Maintenant que nous sommes organisés et en accord avec nos règles de fonctionnement, nous pouvons nous attaquer au fond », détaille Elisa Loncón.

C’est une première dans l’histoire nationale (et internationale). Cette Constitution sera rédigée par un organe collégial qui comprend autant d’hommes que de femmes élus démocratiquement. Et ce, à partir d’une feuille blanche : il ne s’agit ni d’une réforme constitutionnelle ni d’un ajustement législatif, mais bien d’une nouvelle Consti­tution dont l’objectif est de mettre fin à celle adoptée en 1980 sous Pinochet, qui a permis le développement du système néolibéral contre lequel les Chiliens se sont soulevés il y a deux ans. « Ce n’est pas pour les 30 pesos, c’est pour les 30 dernières années » (« No son para 30 pesos, son para 30 años ») : tout a commencé avec cette phrase, clamée haut et fort par les Chiliens dans toutes les rues du pays dès le 18 octobre 2019. La veille, un jeudi, des groupes organisés…

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À propos de l’auteur·ice
Marion Esnault
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