J’écris ces lignes au milieu d’un cirque sinistre. J’écris, alors que le second tour des élections municipales voit l’affrontement aussi ostentatoire qu’obscène de listes de gauche dans plusieurs villes de France, préfigurant l’élection présidentielle à venir ; tandis que la droite, tranquille, prône maintenant l’union avec ses extrêmes ; et surtout, tandis que se profile l’installation du pire dans le paysage politique et institutionnel.
Le pire, comme cette minute de silence largement observée à l’Assemblée nationale en mémoire d’un militant néonazi, et ce pendant qu’on criminalise l’antifascisme, tentant de faire oublier qu’il est d’abord le poing levé des cœurs ouverts, ainsi qu’une nécessité vitale à l’heure actuelle.
Texte issu de notre n°75 « Peut-on être en désaccord sans se haïr ? », disponible sur notre boutique.

“On s’est perdus dans la blessure
La fatigue et la complaisance ont grugé
les restes de nos ponts1”
On aimerait croire que ces guerres fratricides, dirigées le plus souvent par de basses manœuvres tacticiennes, sont le propre d’un champ partisan qui trahit régulièrement le politique, dépossédant celles et ceux qu’il prétend représenter. Mais cette conflictualité suicidaire gagne peu à peu la société dans son ensemble, y compris les espaces de lutte qui devraient pourtant en constituer les digues.



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