Aujourd’hui, notre camp ne cesse d’être défini par ce qu’il interdirait. Nos adversaires politiques nous ont collé une étiquette : celle des privateurs, des peine-à-jouir, des punitifs. Nous voudrions prendre aux gens tout ce qui les tient – la voiture, le barbecue, les vêtements pas chers, l’avion, le steak, le Tour de France –, tout ce qui les fait vivre, ou du moins tenir. Et face à cette caricature, nous sommes bien souvent en peine de répondre.
Bien sûr, cette accusation est absurde : nous qui défendons le vivant, les services publics, la solidarité nationale ? À quoi sert d’avoir une voiture si le litre d’essence est à 2,30 euros ? À quoi sert de prendre l’avion si nous n’avons plus d’eau potable ? Nous pourrions aligner les arguments, et nous n’aurions pas tort. Mais voilà le problème : avoir raison ne suffit pas. Avoir raison sans désir, sans élan, sans horizon joyeux, c’est perdre. Et nous perdons.
Retrouvez ce texte dans notre n°76 « Pourquoi nos plaisirs sont politiques », en kiosque, librairie et sur notre boutique.

Cette question du temps libre, du kif, de la joie paraît presque indécente : comment parler de vacances dans un monde qui génocide, qui viole, qui détruit ? Comment parler de temps libre à celles et ceux qui ne parviennent pas à joindre les deux bouts alors même qu’ils travaillent – pas à mi-temps, pas à la marge, mais à plein régime, parfois même sur plusieurs emplois à la fois ? Je comprends la gêne. Je la partage, parfois. Et pourtant, c’est précisément cette question que je veux poser ici. Parce que je crois qu’elle est au cœur de tout.







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