Lumir Lapray : Refaire de la gauche le « camp du kif »

Écrit par Lumir Lapray. Publié le . Modifié le .Illustration par Illustration : Cosmo

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Aujourd’hui, notre camp ne cesse d’être défini par ce qu’il interdirait. Nos adversaires politiques nous ont collé une étiquette : celle des privateurs, des peine-à-jouir, des punitifs. Nous voudrions prendre aux gens tout ce qui les tient – la voiture, le barbecue, les vêtements pas chers, l’avion, le steak, le Tour de France –, tout ce qui les fait vivre, ou du moins tenir. Et face à cette caricature, nous sommes bien souvent en peine de répondre.

Bien sûr, cette accusation est absurde : nous qui défendons le vivant, les services publics, la solidarité nationale ? À quoi sert d’avoir une voiture si le litre d’essence est à 2,30 euros ? À quoi sert de prendre l’avion si nous n’avons plus d’eau potable ? Nous pourrions aligner les arguments, et nous n’aurions pas tort. Mais voilà le problème : avoir raison ne suffit pas. Avoir raison sans désir, sans élan, sans horizon joyeux, c’est perdre. Et nous perdons.

Retrouvez ce texte dans notre n°76 « Pourquoi nos plaisirs sont politiques », en kiosque, librairie et sur notre boutique.

Cette question du temps libre, du kif, de la joie paraît presque indécente : comment parler de vacances dans un monde qui génocide, qui viole, qui détruit ? Comment parler de temps libre à celles et ceux qui ne parviennent pas à joindre les deux bouts alors même qu’ils travaillent – pas à mi-temps, pas à la marge, mais à plein régime, parfois même sur plusieurs emplois à la fois ? Je comprends la gêne. Je la partage, parfois. Et pourtant, c’est précisément cette question que je veux poser ici. Parce que je crois qu’elle est au cœur de tout.

Je viens d’une France rurale et populaire où « la valeur travail » n’est pas un slogan : c’est une réalité vécue, une boussole morale. Éviter les périodes de chômage, travailler dur, ne pas compter ses heures : c’est asseoir sa bonne réputation, c’est exister socialement, c’est mériter sa place. J’ai grandi dans ce monde-là. Je le connais, je l’aime, et je ne le méprise pas.

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À propos de l’auteur·ice
Lumir Lapray
Lumir Lapray est une activiste française engagée contre la montée de l’extrême droite dans la France rurale et périurbaine. Spécialiste de la mobilisation citoyenne, elle a notamment formé 5 000 personnes au porte-à-porte durant la campagne éclair du Nouveau Front populaire. Elle a publié « Ces-gens là » en 2025 (Payot).Retrouver tous ses articles.

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