Royaume-Uni : Face aux manifestations contre l’immigration, les militants antiracistes organisent la riposte

Écrit par Juliette Démas. Publié le . Modifié le .Illustration par Photos : Tori Ferenc

Cet article est réservé aux abonné·es.

Jeannie Robinson est arrivée tôt. Bonnet sur les oreilles, mitaines aux mains, la septuagénaire a déchargé une dizaine de bannières plastifiées, une banderole cousue main et une collection de pancartes « Stop the Hate » (« Stop à la haine ») déjà usées par d’autres rassemblements.

Autour d’elle, des activistes installent un système son et disposent des tracts sur des tables de camping. Leur ballet est rodé, peaufiné par l’habitude. La route qui borde le Sandpiper Hotel, bâtiment trapu décrit par ses clients comme « familial » et « sans fioritures », a été fermée par les policiers, qui font les cent pas pour chasser le froid. Les demandeurs d’asile logés dans ses chambres moquettées ont reçu l’ordre de se confiner à l’intérieur pour la journée.

Reportage issu de notre hors-série « Résister aux nouveaux fascismes », disponible en kiosque et librairie et à la commande.

Au sortir de l’A61, en périphérie de Chesterfield, dans le nord-est de l’Angleterre, les officiers orientent les manifestants : pour soutenir les immigrés, prière d’aller à gauche, avec Jeannie Robinson. Pour s’y opposer, c’est à droite. Toute symbolique est accidentelle, l’important est que « chaque camp ait la possibilité de dire ce qu’il a à dire », glisse un officier. Et ce, sans débordements. Les appels au rassemblement, pour ce dimanche après-midi de décembre, ont circulé en ligne, dans les newsletters et sur les réseaux sociaux.

Depuis l’été 2025, lorsqu’un demandeur d’asile a été condamné pour agressions sexuelles sur une jeune femme à Epping, près de Londres, des confrontations de ce genre se répètent presque tous les week-ends, dans tout le Royaume-Uni. Les hôtels où les demandeurs d’asile sont hébergés, faute d’autre option, sont devenus les lieux où se cristallisent les divisions.

À Chesterfield, l’atmosphère est tendue : la dernière mobilisation, en septembre, a failli finir en violente empoignade. « Des hommes anti-immigration, qui prétendaient être là pour défendre les femmes et les enfants, ont fini par nous hurler qu’on méritait de se faire violer », se rappelle Erica, une des militantes antiracistes, encore bouleversée par ces propos.

Jeannie Robinson, co-secrétaire de Chesterfield Stand Up to Racism.

Cette fois, pour éviter les heurts, il y a presque autant de sécurité que de civils. Manifestants et contre-manifestants ont été parqués à une trentaine de mètres les uns des autres – tout juste à distance de haut-parleur, sous les fenêtres aux rideaux pastels, derrière lesquels un visage ou une main apparaît parfois furtivement. Un drone plane au-dessus des toits pour surveiller la scène. Des hommes en tee-shirt, tête nue malgré l’hiver, lancent des gestes grossiers.

Cet article est réservé aux abonné·es. Déjà abonné·e ? Connectez-vous.

Envie de lire la suite ? Pour profiter de l’ensemble de nos articles, abonnez-vous.

L’abonnement vous donne accès à l’intégralité de nos articles.

Voir les offres d’abonnement

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

À propos de l’auteur·ice
Juliette Démas
Juliette Démas est une journaliste indépendante et correspondante au Royaume-Uni et en Irlande pour Libération.Retrouver tous ses articles.

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

À lire aussi

« Un réseau de contre-surveillance citoyen s’est mis en place face à l’ICE »

« Un réseau de contre-surveillance citoyen s’est mis en place face à l’ICE »

Depuis l’investiture de Donald Trump aux États-Unis, les violences du Service de l’immigration et des douanes (ICE), chargé d’identifier les immigrés en situation irrégulière, explosent dans tout le pays. À Minneapolis, ville démocrate particulièrement visée où l’administration a déployé près de 3 000 agents à partir de décembre 2025, les habitants se sont organisés pour résister. Pour en témoigner, le rappeur Rafael Gonzalez, alias Tufawon, engagé dans de nombreux combats pour les droits humains, était de passage à Paris en avril 2026 dans le cadre d’une tournée internationale, aux côtés d’autres figures anti-ICE. Un périple visant à attirer notre attention sur le financement par les grandes banques européennes des technologies de surveillance et du système carcéral anti-immigration aux États-Unis. Entretien.

Par Christelle Gilabert

Planète Boum Boum : L’appel de la rave générale

Réservé aux abonné·es :Planète Boum Boum : L’appel de la rave générale

« Pas de retraités sur une planète brûlée… Retraites, climat, même combat ! » Depuis les manifestations contre la réforme des retraites, en 2023, difficile d’être passé à côté du morceau emblématique Planète brûlée qui accompagne la naissance du collectif Planète Boum Boum. Fondé dans le sillage d’Alternatiba Paris (renommé Action Justice Climat en 2024) la même année, ce collectif de « techno-activistes » enchaîne depuis les morceaux comme On veut du fret ferroviaire ou Tu remballes ton autoroute en cumulant des milliers d’écoutes en ligne. Leur mot d’ordre : « De la teuf dans les manifs, de la manif dans les teufs ! » DJ sets, chorégraphies enflammées dans les cortèges des manifestations, création de slogans et de chants… En mêlant revendications politiques et cultures festives, Planète Boum Boum contribue activement, depuis sa création, à redonner du souffle aux luttes écolos et sociales. Retour en images sur trois années de mobilisations placées sous le signe de la fête.

Par Léa Dang