Sibuyan, l’île qui résiste : comment une communauté philippine défie l’industrie minière

Écrit par Margaux Maurel. Publié le . Modifié le .

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Au matin du 17 mai 2025, le marché couvert de San Fernando, principale municipalité de Sibuyan, une petite île isolée au milieu de l’archipel des Philippines, bruisse d’un brouhaha plus joyeux que d’ordinaire. Un homme, Nanding Marin, est arrêté à chaque coin de rue par les passants qui viennent lui serrer la main, le visage soulagé.

Le 12 mai 2025, ce quinquagénaire charismatique, militant écologiste, a été élu nouveau maire de la commune. Un signal fort pour ceux qui, parmi les habitants, luttent depuis plus de vingt ans contre le projet de mine de nickel à ciel ouvert porté par l’entreprise Altai Philippines Mining Corporation.

« Je suis tellement heureux (…) Parce qu’au moins, nous avons un responsable politique qui peut nous aider », se réjouit Nonoy, que je rencontre pour la deuxième fois ce matin-là. Ce commerçant, propriétaire d’une petite épicerie et militant anti-mine de la première heure, loue l’intégrité du nouvel édile, fait notable dans un pays gangrené par la corruption et l’achat de voix1.

Reportage issu de notre n°72 « L’industrie de la destruction » disponible en kiosque, librairie, à la commande et sur abonnement.

« Ce n’est pas seulement une victoire stratégique pour les habitants, mais une réelle transformation de la situation politique de San Fernando. Les communautés réalisent qu’elles ont le pouvoir d’agir », déclare Rodne Galicha, figure nationale de cette lutte à l’initiative du principal groupe d’opposition à la mine, Sibuyanons Against Mining, fondé en 2006 pour s’opposer à la demande de permis minier de l’entreprise minière Altai, que l’État philippin a accordé finalement en 2009. Les sous-sols philippins sont en effet convoités par de nombreux investisseurs pour leurs réserves de cuivre, d’or, de nickel, de zinc et d’argent estimées à 1 000 milliards de dollars. En 2025, seules 5 % de ces réserves ont été explorées, et 3 % font l’objet de contrats miniers.

Après des années de revirements politiques sur le sujet de l’exploitation minière et un moratoire sur l’extraction à ciel ouvert en 2012, le président autoritaire Rodrigo Duterte revient en arrière en 2021. Pariant sur l’industrie minière pour relancer l’économie après la pandémie de Covid-19, il met fin au moratoire sur l’exploration et l’exploitation des mines métalliques. En effet, la transition énergétique mondiale a changé la donne.

Selon…

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À propos de l’auteur·ice
Margaux Maurel
PhD Candidate international studies & political science. CERIUM affiliated researcher. FRQSC Scholar.Retrouver tous ses articles.

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