Cet article est issu de Socialter n°76 « Pourquoi nos plaisirs sont politiques », retrouvez-le en kiosque, librairie et sur notre boutique.
Juin 1936. Le fond de l’air est rouge. Le Front populaire à peine élu, un formidable mouvement de grève éclate et se propage dans les usines, les commerces, les ateliers. Le patronat tremble et s’empresse de lâcher du lest pour éviter un embrasement révolutionnaire . Ce seront les congés payés et la semaine de 40 heures, des billets de train à tarif réduit et les premiers départs pour des milliers d’ouvriers.
Mais c’est seulement après la Seconde Guerre mondiale que l’idée de vacances pour tous – défendue notamment par les réseaux chrétiens, la CGT, le Front populaire et les associations d’éducation populaire – se concrétise vraiment. Soutenues par l’État, collectivités, associations et comités d’entreprise acquièrent en masse colonies de vacances, campings, auberges de jeunesse. « Il y avait alors une prise de conscience de l’importance du temps libre comme reconstitution de la force de travail mais aussi comme vecteur de cohésion sociale », indique Lilian Nobilet, délégué général de l’Union nationale des associations de tourisme.
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À partir de la fin des années 1950, le format des villages vacances se multiplie aussi. « Ce qui caractérise ces lieux, ce sont les espaces communs pour les repas, les animations et les festivités », poursuit Lilian Nobilet.
« Avant 1936, il n’y avait pas de politique publique du temps libre et de la jeunesse », fait remarquer Jean-Michel Bocquet, pédagogue et directeur adjoint de la Maison de Courcelles, association qui organise notamment des colonies de vacances depuis plus de quarante ans.
Les vacances populaires perdent leurs maisons
Les vacances populaires perdent leurs maisons
Subventionnées par l’État, les colos poussent comme des champignons tandis que le nombre d’enfants qui partent ainsi en vacances ne cesse de croître. On en compte 300 000 en 1945. Un million dans les années 1950 et jusqu’à 4 millions dans les années 1960. Mais une fois ce pic atteint, une inexorable décrue s’amorce .

Avec le tournant de la rigueur dans les années 1980, le robinet des financements publics est coupé tandis que les contraintes réglementaires explosent. De nombreuses colos disparaissent par manque de moyens matériels pour entretenir les bâtiments vétustes ou répondre aux nouvelles normes. « Les colos ne sont alors plus un outil de politique publique porteur d’une visée pédagogique et de mixité sociale mais un produit comme un autre, déplore Jean-Michel Bocquet. Et, comme dans tout marché, une concentration des acteurs s’opère. Les petites associations ferment et des mastodontes se forment comme le groupe UCPA et sa filiale commerciale Telligo. »
Un rapport récent constate d’ailleurs que la disponibilité d’une offre locale portée par les collectivités et les associations locales favorise le départ en vacances des classes moyennes et populaires.
Prénom, Nom, et fonction de la personne si applicable
Les auberges de jeunesse connaissent un sort similaire. La Fédération unie des auberges de jeunesse (FUAJ), leur réseau emblématique, a été placée en liquidation judiciaire en mars. Outre ses difficultés à rénover son parc immobilier vieillissant, la FUAJ avait tenu à « maintenir des auberges dans des lieux plus utiles au territoire qu’à l’exploitation économique, comme en zone rurale ou en montagne », note Lilian Nobilet. La loi du marché ne lui a pas pardonné le fait d’avoir privilégié la logique sociale à la logique commerciale. L’État ne maintenant ses aides qu’auprès des plus vulnérables, les classes moyennes se détournent de ces formats.
Les vacances populaires perdent leurs maisons
Les auberges de jeunesse connaissent un sort similaire. La Fédération unie des auberges de jeunesse (FUAJ), leur réseau emblématique, a été placée en liquidation judiciaire en mars. Outre ses difficultés à rénover son parc immobilier vieillissant, la FUAJ avait tenu à « maintenir des auberges dans des lieux plus utiles au territoire qu’à l’exploitation économique, comme en zone rurale ou en montagne », note Lilian Nobilet. La loi du marché ne lui a pas pardonné le fait d’avoir privilégié la logique sociale à la logique commerciale. L’État ne maintenant ses aides qu’auprès des plus vulnérables, les classes moyennes se détournent de ces formats.
Changer de modèle
Subventionnées par l’État, les colos poussent comme des champignons tandis que le nombre d’enfants qui partent ainsi en vacances ne cesse de croître. On en compte 300 000 en 1945. Un million dans les années 1950 et jusqu’à 4 millions dans les années 1960. Mais une fois ce pic atteint, une inexorable décrue s’amorce.
À partir de la fin des années 1950, le format des villages vacances se multiplie aussi. « Ce qui caractérise ces lieux, ce sont les espaces communs pour les repas, les animations et les festivités », poursuit Lilian Nobilet.
