Les éco-artiste, ces pionniers oubliés

Écrit par Christelle Granja. Publié le . Modifié le .

On ne compte plus aujourd’hui les festivals et expositions qui consacrent le lien entre création et nature, écologie, vivant ou forêt… Mais cet engouement est récent, rappelle la commissaire d’exposition et historienne de l’art Bénédicte Ramade : dans les années 1960, les éco-artistes américains, qui exploraient la complexité des milieux, prêchaient dans le désert. Son dernier ouvrage s’emploie à réhabiliter ces « inventeurs », à ses yeux injustement méconnus de leurs contemporains comme de leurs héritiers. Bénédicte Ramade analyse les multiples facteurs de ce passage sous les radars, parmi lesquels l’essor d’un land art spectaculaire et médiagénique – alors que les éco-artistes s’appuyaient sur la science et privilégiaient l’échelle locale – et une instrumentalisation de la protection de la nature à des fins nationalistes, touristiques, économiques ou religieuses.

C’est là l’intérêt majeur de l’ouvrage : placer l’analyse d’œuvres au cœur des enjeux et rapports de force qui ont mené à leur marginalisation. Ainsi de Patricia Johanson dont la série de projets de jardins « actifs », tributaires du contexte écologique, topographique et biologique, s’inscrit à rebours de l’idée de décor végétal ; ainsi du plasticien et performer Alan Sonfist, qui s’expose nu, saisissant des arbres à bras-le-corps en un désir d’hybridation au vivant, pour sa série Myself Becoming One with the Tree. « Ces inventeurs ont ouvert une voie : continuons-la… L’approche sensible est puissante et décisive », conclut Bénédicte Ramade.

Vers un art Anthropocène. L’art écologique américain pour prototype, Bénédicte Ramade, Les Presses du réel, 1er septembre 2022, 292 pages, 26 €.

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Christelle Granja
À propos de l’auteur·ice
Christelle Granja
Journaliste et réalisatrice de documentaires. Travaille avec Socialter, Libération, We Demain, Usbek et Rica et L’architecture d’aujourd’hui.Retrouver tous ses articles.

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