Trois mille ans d’écologie indienne : penser autrement la nature

Écrit par Léa Dang. Publié le . Modifié le .

Parler une langue, c’est aussi en adopter la philosophie et la vision du monde. C’est en tout cas à travers les mots et l’interprétation qu’en font les Indiens qu’Annie Montaut, professeur émérite d’hindi et linguistique à l’Inalco, s’est attelée à l’analyse de la « pensée écologique indienne ».

Dans cet ouvrage à la fois accessible et exigeant, elle explique d’abord en quoi la grammaire est « une des voies privilégiées de la connaissance » en Inde, à l’image du plus célèbre traité rédigé par l’Indien Panini au IVe siècle avant J.-C. et qui inspira notamment les travaux de Chomsky. Pour comprendre comment se pense la nature dans l’Inde contemporaine, il faut d’abord revenir au lexique : contrairement à l’Occident qui oppose nature et culture, les mots pour traduire ces deux notions en sanskrit sont issus de la même base verbale. Ce qui les différencie ? La nature, prakriti, serait « l’amont » de la culture, sanskriti, mais toutes deux s’inscriraient dans « un partenariat nécessaire et suffisant pour cocréer le monde habitable de l’homme ».

Pour illustrer son propos, la linguiste puise ses exemples dans la gestion ancestrale de l’eau ou celle des forêts. Un équilibre qui aurait été dégradé dès la colonisation avec (entre autres) la construction de grands barrages. L’autrice identifie enfin une nouvelle menace : l’arrivée de nouveaux termes dans la langue hindie, souvent le fruit de « l’emprise de la technocratie centralisée sur la gestion du bien commun », qui laissent craindre de voir ces pratiques agroécologiques balayées sous l’influence des transformations linguistiques modernes.

Trois mille ans d’écologie indienne. Penser autrement la nature  Annie Montaut  Seuil → 19 avril 2024 – 240 pages – 23,50 €

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