« À Pau, on ne s’oppose pas à Total, c’est une question de survie »

Écrit par Floriane Louison. Publié le . Modifié le .Illustration par Illustrations : Florent Pierre

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«Le grand patron est venu l’année dernière », raconte fièrement un ouvrier de la plateforme industrielle de Lacq, en périphérie de Pau dans le Béarn. Pas son patron à lui, mais celui d’un peu tout le monde « sans qui personne ne travaillerait ici ». Il s’appelle Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies. Dans le Béarn, la multinationale est la matrice et l’acteur principal de l’histoire économique locale. De Lacq à Pau, elle est partout, premier employeur privé du département, mécène, sponsor. Même chez les militants écolos, il y a des carrières chez TotalEnergies.

Enquête issue de notre numéro 63 « +4°, ça va chauffer ! », disponible en kiosque, librairie et sur notre boutique.

L’histoire commence par une éruption. En 1949, on découvre du pétrole dans les sous-sols de Lacq. Puis deux ans plus tard, dans les tréfonds de la campagne béarnaise, du gaz. Le premier puits, percé à 4 000 mètres de profondeur, explose. Un Texan, spécialiste des incendies pétroliers, débarque, lutte deux mois et éteint le volcan gazier. Il repart aux États-Unis avec un conseil : « Rebouchez, plantez de l’herbe et remettez vos vaches dessus. » La suite de l’histoire montrera que Lacq était la seule réserve française en énergie fossile digne de ce nom. Après quelques années de recherches, le gisement de Lacq est mis en exploitation en 1957 par la Société nationale des pétroles d’Aquitaine (qui deviendra Elf puis TotalEnergies). L’année suivante, De Gaulle vient célébrer l’indépendance énergétique de la France dans ce nouveau Texas béarnais. À son apogée, dans les années 1970, le gisement de Lacq fournit un tiers de la consommation de gaz des Français.

TotalEnergies surfe largement sur ce storytelling. « C’est une terre emblématique pour la compagnie », lit-on sur son site. « Il y a une sorte de lien spirituel, décrit un cadre béarnais du groupe. C’est le berceau. » La multinationale, qui opère aujourd’hui dans la quasi-totalité du monde, aurait une partie de son âme au Béarn, connectée à son gisement de gaz. En tout cas, elle affectionne et entretient cet ancrage local. Et les Béarnais le lui rendent bien. « Sans Total, le Béarn ce serait le Gers, il n’y aurait pas d’usines, pas d’aéroport, pas d’université », estime Patrice Laurent, président de la communauté de communes et maire (DVG) de Mourenx, une ville sortie de terre à la fin des années 1950 pour accueillir la main-d’œuvre nécessaire à l’exploitation gazière. L’exploitation du gisement a fait naître un « cluster » qui embauche aujourd’hui près de 8 000 personnes.

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À propos de l’auteur·ice
Floriane Louison
Floriane Louison est journaliste indépendante. Elle travaille notamment sur le climat chez Médiapart.Retrouver tous ses articles.

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