Bascules 2023

  • Inégalités

    Reprendre à l’État social ce qui appartient à la Sociale

    La Sécurité sociale n’est pas la politique égalitaire et universelle que l’on croit. Notre système de santé, fruit du régime général né en 1946, a fait l’objet d’une appropriation croissante par l’État au détriment de la gestion par les intéressés. Contre cette mainmise qui a conduit à des décennies de réformes ouvrant la voie à un capitalisme sanitaire, l’économiste Nicolas Da Silva soutient, dans la lignée de son ouvrage La Bataille de la Sécu. Une histoire du système de santé (La Fabrique, 2022), la nécessité de reprendre le pouvoir sur la « Sécu ». Et il imagine des pistes pour retrouver l’esprit originel de la « Sociale », fonctionnant sur l’autogouvernement par les assurés.
  • Alternatives

    Réservé aux abonné·es :Réinventer les droits de préemption et d’expropriation

    Les grandes infrastructures de la modernité tiennent encore debout, mais elles sont déjà mortes par l’avenir failli que leur conception comme leur maintenance impliquent. Devant ce constat au cœur de l’écologie du renoncement poussée dans l’essai collectif Héritage et fermeture. Une écologie du démantèlement (Divergences, 2021), l’économiste et anthropologue franco-bolivien Diego Landivar imagine les contours, à partir du cas réel d’un ancien site Michelin à Clermont-Ferrand, d’un droit à la préemption et à l’expropriation adapté aux enjeux actuels. Justifié par l’impératif climatique, il permettrait de faire bifurquer notre héritage industriel pour le rendre compatible avec les enjeux de l’Anthropocène.
  • Inégalités

    Bricoler pour réparer le(ur) monde : les ruraux précaires montrent le geste

    Durant trois ans, la sociologue Fanny Hugues, doctorante au Centre d’études des mouvements sociaux (CEMS), a enquêté dans les campagnes auprès de ceux qui font le choix, parfois contraint, de « vivre de peu en zone rurale », selon le titre de la thèse soutenue à l'EHESS. Cette débrouille, qui passe par l’échange, la réparation et l’autoproduction, va de pair avec un lien social et une transmission qui tracent, par-delà la seule sobriété matérielle, un horizon d’émancipation. Contre l’actuelle récupération marchande de la vogue du bricolage, il s’agit d’abord de réparer son monde pour maintenir le monde.
  • Vivant

    Politiser le réensauvagement des territoires

    Le réensauvagement s’est imposé comme un impératif pour laisser place aux vivants autres qu’humains. Mais la politique d’acquisition foncière par laquelle celui-ci s’est traduit mène à une impasse, constate le philosophe Antoine Chopot : cette stratégie de grignotage ignore les acteurs locaux en s’imposant à eux. Contre cette logique, l’auteur de Nous ne sommes pas seuls. Politique des soulèvements terrestres (avec Léna Balaud, Seuil, 2021) défend la création de « comités de vie sauvage » où se noueraient des alliances entre tous ceux qui, localement, admettent le principe de libre évolution, tout en inventant la mise en œuvre ici et maintenant de ce monde réconcilié avec le sauvage.
  • Inégalités

    Réservé aux abonné·es :Pour une sécurité sociale de la menstruation

    Si le thème de la « précarité menstruelle » s’est invité à l’agenda politique et médiatique, Jeanne Guien pointe les incohérences et angles morts d’une approche tenant de l’argument publicitaire. Plaidant pour une culture menstruelle débarrassée des représentations hygiénistes et discriminantes, cette philosophe et chercheuse indépendante développe une proposition esquissée dans son dernier ouvrage, Une histoire des produits menstruels (Divergences, 2023) : une sécurité sociale de la menstruation, conçue sur le modèle de la sécurité sociale de l’alimentation, qui garantirait l’accès à un panier de produits conventionnés de qualité pour toutes les personnes menstruées.
  • Alternatives

    Pour un nouveau rapport au travail : expérimenter la polyactivité

    Pour dépasser le malaise naissant de prises de conscience isolées, le collectif d’ingénieurs de l’aéronautique toulousains Icare s’est initié en 2020 pour réfléchir à l’avenir de leur secteur écologiquement insoutenable. Ces questionnements ont débouché sur plusieurs initiatives, dont l’expérimentation de la polyactivité qu’ils partagent dans ce texte. Devant un monde du travail qui produit une perte de sens tout en restant figé dans une course à la productivité, ce collectif démontre que la polyactivité, qui permettrait d’articuler leur travail d’ingénieur à une activité maraîchère, se présente comme une piste sérieuse pour participer à la nécessaire mutation de notre économie, tout en retrouvant une connexion avec son environnement terrestre.

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