À Rome, le Lago Bullicante inspire de nouvelles alliances entre les vivants

Écrit par Youness Bousenna. Publié le . Modifié le .Illustration par Photos : Reza Heidari

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Les Italiens disposent d’un mot précieux, qui nous manque, « insurgente », qui contracte l’idée de résurgence et d’insur­rection. Pour qualifier le surgissement qui s’est produit il y a trente ans à Rome, d’autres préfèrent parler de « miracle », comme Claudio Monachesi. Ce retraité de la polyclinique de Rome s’adonne désormais à temps plein à sa passion : la poésie. Et, depuis qu’il a découvert le Lago Bullicante, l’ancien technicien en radiologie s’est fait « poète combattant ». Ce grand homme un peu fantasque, qui récitait des vers aux patients « pour les rendre heureux » et a écrit Poesia per la radiologia, certainement l’unique recueil au monde consacré à l’imagerie médicale, a trouvé un nouveau combat : la défense poétique d’un lac dont l’irrup­tion dans un quartier populaire, à la misère immortalisée par Pasolini dans le film Accattone (1961), tenait de « l’impossible ».

Article issu de notre hors-série « Ces terres qui se défendent », en librairie et sur notre boutique. 

Situé derrière la gare de Termini, ce quartier coincé entre les voies de chemin de fer partant vers le sud et l’est de l’Italie « a toujours été un coin de migration et de pauvreté », appuie Lorenzo Romito, intellectuel engagé dans la défense du lac. Face à son entrée se trouvait le bidonville où Pasolini a découvert Ninetto Davoli, l’un de ses acteurs fétiches. Et face à ce bidonville ne se trouvait pas le lac, mais la plus grande usine privée de Rome. Construite en 1922, Cisa Viscosa y produit de la soie artificielle jusqu’en 1954 en pompant l’eau alors recluse sous la terre. Puis, le site se transforme en friche et devient un refuge pour des espèces animales et végétales qui métamorphosent ces ruines en milieu de vie. Une société finit par acquérir le terrain, projetant d’y bâtir le plus grand centre commercial de Rome.

L’entrée du parc au bout duquel se trouve le Lago Bullicante, dans le quartier populaire de Prenestino. Ce lieu appartenait à l’ancienne usine de soie artificielle, qui se trouvait face à un bidonville.

Sauf qu’à peine démarrés, les premiers travaux percent la nappe phréatique. Un étang se forme : 1992, le Lago Bullicante vient de naître. Commencent trois décennies de luttes homériques. Quelque temps…

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Youness Bousenna
À propos de l’auteur·ice
Youness Bousenna
Journaliste. Son travail apparait notamment dans Telerama, Socialter, Le Monde, Limite. Il est également l’auteur de Albert Camus, l’éternité est ici (Première partie, 2019).Retrouver tous ses articles.

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