Rationner oui, mais quoi ?

Écrit par Vincent Bresson. Publié le . Modifié le .Illustration par Photo de Aleksandr Popov sur Unsplash

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La décence précède l’essence

Début octobre, trois départements mettaient en place un rationnement à la pompe, limitant la vente d’essence à 30 litres par voiture et 120 litres pour les poids lourds. Loin d’être un choix politique délibéré, ces restrictions ont fait suite aux grèves des raffineurs et ont causé l’ire de nombreux automobilistes – ce qui ne doit pas empêcher d’envisager un rationnement de cet hydrocarbure qu’on sait si émetteur. Comment ? « Décider d’autoriser X litres d’essence par personne et par an ne serait pas juste, car tout le monde n’a pas accès à des alternatives à la voiture, explique Vincent Viguié, chercheur en sciences économiques et environnementales à l’école des Ponts ParisTech. Pour ne pas pénaliser ceux qui dépassent ce seuil parce qu’ils n’ont pas de transports en commun à proximité, il faudrait compenser en accordant des aides. »

Article à retrouver dans notre numéro 55 « Bienvenue dans l’ère du rationnement », disponible en kiosque et sur notre boutique.

Ce seuil pourrait, par exemple, correspondre à un peu moins de la consommation moyenne annuelle d’un Français. Mais pour enclencher une diminution de l’usage des hydrocarbures, l’universitaire propose que ces aides soient décroissantes dans le temps, ce qui permettrait d’imposer l’horizon d’un abandon total de l’essence et du véhicule individuel… à condition de proposer, en parallèle, davantage de solutions de transports collectifs et moins polluants, de télétravail et de relocalisation de l’activité professionnelle près du domicile. Une tâche ardue si l’on en croit le journaliste et auteur italien Andrea Coccia, qui écrivait dans un pamphlet : « Il est plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin de la voiture » ! D’autant que les constructeurs automobiles risquent de ne pas l’entendre de cette oreille. Pour Elon Musk, PDG de Tesla, les transports publics, « ça craint ». C’est ce qu’il a déclaré en décembre 2017 lors d’une conférence sur l’intelligence artificielle à Long Beach en Californie. Avant de s’interroger : « Pourquoi auriez-vous envie d’effectuer un trajet au milieu de nombreuses personnes, un trajet qui ne part pas d’où vous le souhaitez, ne démarre pas quand vous le souhaitez, n’arrive pas où vous le souhaitez ? »

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