Rationnement : mode survie activé ?

Écrit par Youness Bousenna. Publié le . Modifié le .Illustration par Illustration : Sébastien Pastor

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Puisqu’il fallait une formule qui claque, quoi de mieux qu’un triptyque qui rime ? Emmanuel Macron aime les belles-lettres, lui qui avait écrit un roman à 19 ans qu’il n’a jamais osé faire lire. Pour la première rentrée de son second quinquennat, le président a pu montrer son art de la structure ternaire : nous vivrions la fin de l’abondance, des évidences et de l’insouciance, a considéré Emmanuel Macron fin août, citant la crise climatique, la guerre en Ukraine, la rareté de l’eau et de ressources « qui semblaient perpétuellement disponibles ».

Article issu de notre numéro « Bienvenue dans l’ère du rationnement », disponible en kiosque, librairie et sur notre boutique.

Ainsi, pour le chef de l’État, « ce que nous sommes en train de vivre est plutôt de l’ordre d’une grande bascule, ou d’un grand bouleversement ». Vraiment ? « L’ère de l’abondance était factice, car elle ne prenait pas en compte les dégâts et les raretés, invisibilisés dans les pays lointains », s’empresse de nuancer Timothée Parrique, auteur de Ralentir ou périr. L’économie de la décroissance  (Seuil, 2022). « Quand on fait de l’économie écologique, on se rend compte que la pénurie a toujours été là », poursuit l’économiste. La pénurie n’est qu’une expression de la contrainte environnementale. Or, cette notion est souvent biaisée dans le langage courant : on la réduit généralement à un manque matériel, mais par exemple jamais à l’effondrement des populations d’abeilles qui menace la pollinisation. « Pour savoir quelles raretés vont advenir, il faut avoir une vision beaucoup plus large des pénuries, prenant en compte toutes les pressions environnementales », corrige ce chercheur à l’université de Lund, en Suède.

Du grappillage à l’enfumage

Le discours présidentiel sur l’ère de l’abondance fait aussi écran à des rationnements pas si lointains, relève le cofondateur et vice-président du Shift Project, Michel Lepetit, qui travaille sur cette histoire en fouillant dans les archives de l’OCDE. En France, le dernier rationnement en date remonte à la crise de Suez, en 1956-1957, et a notamment concerné l’interdiction du déplacement des « voitures de tourisme », le chauffage et la production d’électricité, détaille cet historien de l’énergie. Il en tire deux observations : les événements, même prévisibles, ne sont jamais anticipés par les gouvernants ; et ces derniers préfèrent toujours « contraindre les particuliers pour ne pas toucher à l’activité économique ».

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Youness Bousenna
À propos de l’auteur·ice
Youness Bousenna
Journaliste. Son travail apparait notamment dans Telerama, Socialter, Le Monde, Limite. Il est également l’auteur de Albert Camus, l’éternité est ici (Première partie, 2019).Retrouver tous ses articles.

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