Pollution du caoutchouc : chauffe qui pneu

Écrit par Vincent Gautier. Publié le . Modifié le .Illustration par Photo : Tengyart

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Le détour par Ivry et l’établissement de M. Guibal s’imposait pour Julien François Turgan. Lancé dans la rédaction d’une somme sur les « Grandes usines » françaises, le journaliste aux ambitions encyclopédiques consigne dans un 8e volume ses observations sur la fabrique d’un matériau « intervenant sous toute espèce de formes et de volumes dans l’outillage de la civilisation » : le caoutchouc. « Le caoutchouc est entré aujourd’hui aussi bien dans l’industrie que dans la vie de chaque jour, si bien que sa suppression brusque causerait une perturbation notable dans un grand nombre de circonstances », résume-t-il. Le temps n’a en rien contredit cette analyse de Turgan datant de… 1868, alors que Napoléon III est toujours empereur des Français. 

Un siècle et demi plus tard, le caoutchouc naturel, fabriqué à partir du latex tiré de la culture de l’hévéa, continue d’occuper une place centrale dans notre quotidien. Mis au point dès le début du XXe siècle, les élastomères de synthèse l’ont remplacé en partie sans complètement le supplanter. « Le caoutchouc naturel a des propriétés mécaniques que nous n’arrivons pas à reproduire avec des élastomères synthétiques produits en laboratoire. De par sa capacité à cristalliser sous déformation, il rigidifie lorsqu’il est très étiré et résiste très bien à la propagation des fissures », explique Erwan Verron, professeur à Centrale Nantes et chercheur à l’Institut de recherche en Génie civil et mécanique (GeM). 

Une production doublée en vingt ans

Les gommes, cathéters, jouets, préservatifs ou gants médicaux ne sont que quelques exemples parmi les dizaines de milliers de produits fabriqués grâce à ce matériau aux propriétés étonnantes. À la première place de cette liste, il y a un objet que Julien François Turgan n’aura jamais vu en action : le pneu. Plus il est soumis à de fortes contraintes, par exemple quand il équipe les roues d’un engin de chantier, plus la part de caoutchouc naturel entrant dans sa composition est élevée. À eux seuls, les manufacturiers de pneus comme Michelin, Bridgestone ou Goodyear engloutissent environ 70 % de la production mondiale de caoutchouc naturel. 

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