« Ici, nous reproduisons les semences du Bilad al-Cham. Nous conservons les variétés de graines paysannes en provenance du Liban, de Syrie, de Jordanie, de Palestine ou encore d’Irak », détaille Serge Harfouche, 36 ans, à l’ombre d’une vigne. Dans un village de la région de Saadnayel, à 45 kilomètres de Beyrouth, traditions, traditions agricoles et conditions climatiques communes sont pourtant morcelées par des frontières infranchissables. Entouré par des maisonnettes en béton gris d’un côté et des tentes blanches aux lettres bleues du HCR de l’autre, un champ partagé par des rangs de légumes en train de mûrir au soleil s’étend sur une large surface. Les montagnes encore enneigées à l’horizon, une maison se démarque des autres. Ses murs sont bâtis avec un mortier naturel, capable de maintenir une température idéale pour le stockage des graines – elles s’y trouvent ainsi entièrement préservées. En face de la porte d’entrée, une table massive en bois accueille une réunion de la communauté qui y habite. Ils sont Libanais, Syriens ou Français.
Reportage à retrouver dans notre numéro « Punir les écocidaires », disponible en kiosques jusqu’à début octobre, et sur notre boutique.

« Nous revendons le surplus de légumes au marché citoyen. Nous pouvons encore garantir des produits de qualité à petits prix », indique Serge. Avant de tourner le dos à la ville, l’homme y travaillait comme libraire. Originaire de Tripoli, dans le nord du Liban, il aurait pu quitter le pays, comme l’ont fait de nombreux jeunes Libanais frappés par la crise sans précédent qui ravage cet État depuis 2019. Pourtant, Serge a non seulement décidé de rester, mais aussi de construire un projet qui conteste de l’intérieur le modèle économique ayant amené le Liban à ne plus pouvoir nourrir sa population. Pour ce faire, il est revenu à la terre. En 2015, avec un groupe d’amis, il a fondé la coopérative Buzuruna Juzuruna (en arabe, « nos graines [sont] nos racines »). « Ici, nous cultivons des semences abandonnées depuis longtemps, qui avaient laissé place à des variétés hybrides importées nécessitant l’utilisation d’engrais et de pesticides », continue-t-il, en se traçant un itinéraire entre les légumes et les arbres fruitiers. « Notre objectif est politique : ici, nous pratiquons la souveraineté alimentaire. »
Cet article est réservé aux abonné·es. Déjà abonné·e ? Connectez-vous.
Envie de lire la suite ? Pour profiter de l’ensemble de nos articles, abonnez-vous.
L’abonnement vous donne accès à l’intégralité de nos articles.
Voir les offres d’abonnement
Cet article est réservé aux abonné·es. Déjà abonné·e ? Connectez-vous.
Envie de lire la suite ? Pour profiter de l’ensemble de nos articles, abonnez-vous.
L’abonnement vous donne accès à l’intégralité de nos articles.