Le soin des choses : rendre possible la routine

Écrit par Philippe Vion-Dury. Publié le . Modifié le .

C’est à une activité « sans grande noblesse » que Jérôme Denis et David Pontille ont décidé d’accorder leur attention : la maintenance, cet « art de faire durer les choses ». Les deux auteurs regrettent que, alors que les cris à retrouver notre sensibilité et liens aux autres vivants se multiplient, il n’y ait pas grand monde pour s’insurger contre l’invisibilisation de ceux qui prennent soin des choses que nous avons édifiées. Pourtant, les poubelles sont sorties, les rues propres, les transports fonctionnent, l’eau coule du robinet… Il nous faut généralement la survenance de la panne pour nous rendre compte de tout ce qu’un système « maintenu », entretenu, nous amenait de confort et de tranquillité…

Et là encore, avec la panne, notre imaginaire de la durabilité s’enferme sur la réparation. « Rien ne se passe. Voilà un élément clef de ce qui sépare maintenance et réparation. » « Le travail de maintenance est sans fin. Il ne fait jamais événement, il ne s’organise pas autour d’une disjonction entre deux états du monde, il se déploie dans les interstices des jours et des nuits, où rien ne semble se passer. Il n’est pas l’exception à la routine, l’écart à la trajectoire linéaire du monde, mais ce qui est continuellement effectué afin que la routine et la linéarité soient possibles. » Les deux sociologues nous offrent dans cette enquête souterraine un aperçu élégant quoique académique de ce que pourrait être une politisation de la maintenance – et de ceux qui prennent en charge cette « pulsation quotidienne ».

Le soin des choses. Politiques de la maintenance ,Jérôme Denis et David Pontille, La Découverte, 13 octobre 2022, 400 pages, 23 €.

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