Le lac Victoria, entre surpêche et exploitation des femmes

Écrit par Quentin Müller et Sebastian Castelier. Publié le . Modifié le .Illustration par Photographies : Sebastian Castelier

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Le soleil se lève sur le lac Victoria. Des hippopotames grom­mellent et barbotent sous un lit de jacinthes et de papyrus après le passage d’un vieux pêcheur. Debout, celui-ci pagaie difficilement jusqu’au rivage après être allé relever ses filets un peu plus tôt. Des femmes l’attendent, de l’eau jusqu’à la taille, pour l’aider à décharger son stock de poissons. L’homme les remercie d’un geste de la main, comme dépité. Dans son embarcation de fortune, seulement un poisson gît à la proue.

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Depuis le bord, Musa Mbuya observe la scène, casquette sur la tête. « Comment faire vivre une famille avec ce seul poisson ? Le lac ne rapporte plus rien de nos jours », déplore l’homme de 49 ans. Un peu plus loin, aux abords du lac, sa vieille mère malade, Fatuma, attend dans une petite maison abritée par un immense baobab. Un silence pèse dans le salon congestionné par des fauteuils et une table basse couverte d’une nappe blanche brodée. 

Le départ de ses filles, Faouzia et Warda, a laissé un vide. Deux ans déjà que les jumelles ont émigré en Arabie saoudite pour y travailler comme domestiques. La seconde a pris la fuite de la maison où elle officiait, après de sévères violences physiques infligées par son patron. Plus personne n’a de nouvelles depuis. Musa espère qu’elle refera surface avant que sa mère ne décède. « Je n’étais pas favorable à leur départ, explique t-il avec peine sous le regard livide de sa mère, mais elles ont insisté pour y aller. »

Et après le décès de son mari en 2016, Fatuma ne s’y est pas opposée non plus. « Il n’y a pas de travail, se justifie-­t-elle. L’économie du lac était meilleure à mon époque et nous étions autosuffisants. » Courbée par les quintes de toux et les regrets, elle veut croire au retour de ses petites-filles. « J’ai laissé leur destin dans les mains de Dieu. » Une histoire qui ne surprend personne ici – typique du drame écologique et social qui se joue sur les rives de ce bassin où le Nil blanc prend sa source.

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À propos de l’auteur·ice
Quentin Müller et Sebastian Castelier
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