En Espagne, une lagune asphyxiée par les nitrates de l’agriculture intensive

Écrit par Léa Dang. Publié le . Modifié le .Illustration par Photos : Quentin Hulo

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Sur la plage de Los Cuarteros, située à la pointe nord de la lagune, un groupe de baigneurs plongent dans l’eau salsugineuse et se mêlent au brimbalement des vagues. Entourés de flamands roses qui enjambent l’eau à la recherche de nourriture, des enfants chahutent au bord de l’eau ; d’autres, encore, s’écrient à la vue émerveillée d’un hippocampe. Voilà le paradis décrit par les anciens qui ont connu, avant les années 1970, la Mar Menor, la plus grande lagune d’eau salée de Méditerranée, avec ses 170 km2 de surface et 70 km de côte, située dans la région de Murcie en Espagne.

Grand reportage issu de notre numéro « Reprendre les choses en main », en kiosque, librairie et sur notre boutique.

Car aujourd’hui c’est un tout autre paysage qui s’offre aux yeux des visiteurs : l’eau est trouble, des algues stagnent à la surface près des côtes et sont ramassées tous les jours en été. Les flamants roses n’ont plus leur couleur atypique car les crevettes dont ils absorbaient les pigments ont disparu de la lagune. Le nombre de méduses a augmenté. Même le sable des plages – dont une partie a été importée – est parfois verdâtre. À certains endroits, une mousse épaisse et anormale s’échoue de temps en temps sur le sable. Ce triste paysage est la conséquence directe des politiques agricoles et d’irrigation de la région et de l’urbanisation massive qui s’est développée tout autour de la lagune à partir des années 1970. Avant l’intensification de l’agriculture, les activités agricoles traditionnelles reposaient sur des cultures peu irriguées, ce qui réduisait les chances de rejets de nutriments ou d’autres polluants dans la lagune.

Depuis la construction en 1979 du canal Tage-Segura qui dévie l’eau du Tage jusqu’à la région de Murcie pour l’irrigation de la région, l’agriculture dans le bassin versant est passée de cultures sèches qui nécessitent peu d’intrants comme l’olivier à des cultures irriguées intensives. Résultat : le niveau des eaux souterraines a augmenté et certains cours d’eau, auparavant temporaires, s’écoulent désormais en permanence dans la lagune. En 2022, plus de 3 000 tonnes de nitrates et presque 20 tonnes de phosphates se seraient écoulées dans la Mar Menor selon le ministère de l’Environnement, sans parler des eaux usées des complexes touristiques, des pesticides, du lisier des élevages porcins et les déchets toxiques de l’ancienne mine de la Unión. Une situation qui fait étroitement écho au phénomène des algues vertes qui peuplent désormais les côtes bretonnes en France. 

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