« La société moderne prive notre cerveau de son besoin de sens »

Écrit par Youness Bousenna. Publié le . Modifié le .Illustration par Photo : Antoine Doyen

Cet article est réservé aux abonné·es.

Quel est le rôle du cortex cingulaire, cette partie du cerveau humain où siège notre besoin de sens ?

Le cortex cingulaire, qui est un repli de l’écorce cérébrale à la jonction entre les deux hémisphères, joue un rôle déterminant car il structure notre environnement en faisant des prédictions. Cette fonction nécessaire à la survie permet par exemple d’ordonner une série d’indices, comme des traces, pour prédire qu’une proie se trouve à proximité. Si la prédiction se réalise, nous ressentons un apaisement. Mais, si les événements contredisent l’anticipation, le cortex cingulaire nous envoie un message d’erreur pour nous signaler un problème, en libérant les hormones du stress que sont le cortisol et la noradrénaline. Notre cerveau a donc besoin de faire des prédictions que la réalité valide.

Pourquoi le cortex cingulaire de l’humain est-il différent de celui des autres animaux ?

Tous les animaux ayant un cortex, soit la plupart des mammifères, sont dotés d’un cortex cingulaire – on l’active par exemple pour dresser un chien, en lui apprenant que tel comportement donnera lieu à une récompense ou une sanction. Si le cortex cingulaire humain a connu un surdéveloppement, lui offrant donc des capacités de prédiction supérieures au reste du vivant, c’est notamment pour la simple raison que nous ne survivons qu’en groupe – ce qui implique de devoir anticiper le comportement de nos congénères. Des études de paléoanthropologie suggèrent d’ailleurs que l’expansion de l’humanité s’est produite au moment où nous avons chassé en groupe : cette synchronie de l’action nous a permis de capturer des animaux beaucoup plus grands que nous. Le paléolithique a aussi été marqué par l’émergence de représentations symboliques du monde. Ces premières cosmogonies sont un moyen de réduire la double incertitude au fondement des angoisses humaines : celle d’un environnement naturel imprévisible et celle de la mort – dont la pensée met en échec le cortex cingulaire, car elle constitue un mur infranchissable où se fracassent toutes les prédictions. Ainsi, en offrant une vision organisée de la création dans son ensemble, ces croyances permettent de structurer le monde et de dépasser la mort par la pensée d’un au-delà, dont les rites constituent des codes d’accès.

Cet article est réservé aux abonné·es. Déjà abonné·e ? Connectez-vous.

Envie de lire la suite ? Pour profiter de l’ensemble de nos articles, abonnez-vous.

L’abonnement vous donne accès à l’intégralité de nos articles.

Voir les offres d’abonnement

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

Youness Bousenna
À propos de l’auteur·ice
Youness Bousenna
Journaliste. Son travail apparait notamment dans Telerama, Socialter, Le Monde, Limite. Il est également l’auteur de Albert Camus, l’éternité est ici (Première partie, 2019).Retrouver tous ses articles.

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

À lire aussi

Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »

Réservé aux abonné·es :Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »

« La question érotique est une question écologique » : partant de ce postulat, la philosophe écoféministe Myriam Bahaffou explore les façons d’érotiser nos relations et nos expériences, sensuelles, charnelles, esthétiques, intellectuelles, avec les mondes autres qu’humains. Inspirée par le mouvement décolonial et queer, elle milite pour une jouissance débarrassée des injonctions capitalistes : prédation, productivité, privatisation. Entretien avec une chercheuse aux propos aussi libres que déjantés.

Par Clea Chakraverty

Michaël Fœssel : « Une partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste »

Réservé aux abonné·es :Michaël Fœssel : « Une partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste »

Peut-on éprouver du plaisir dans un monde injuste, sans se sentir coupable ou complice ? Le philosophe Michaël Fœssel répond par l’affirmative. Quand il ne confine pas à la simple satisfaction de nos désirs et ne succombe pas aux sirènes consuméristes, le plaisir se joue en effet de l’ordre établi, cultive le sens du collectif, de l’inattendu et de la surprise, et reste éminemment politique et subversif. Inscrit dans l’histoire de la gauche, il permet de sortir du seul registre de l’indignation et de la dénonciation, pour esquisser d’autres horizons désirables.

Par Fabien Benoit