Kohei Saito : « Communisme ou barbarie, tel est le dilemme qui s’offre à nous »

Écrit par Nidal Taibi. Publié le . Modifié le .Illustration par Photo : Kenshu Shintsubo

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Accoler décroissance à communisme, comme vous le faites, peut paraître provocateur ou antinomique, car le communisme est historiquement productiviste.

À cet égard, je propose une nouvelle lecture de Marx. On a longtemps considéré que le marxisme et la décroissance étaient incompatibles. Ce sont les marxistes eux-mêmes qui ont promu cette lecture. Certes, le jeune Marx était délibérément productiviste.

Entretien à retrouver dans notre hors-série « Décroissance : Réinventer l’abondance », disponible en librairie et sur notre boutique.

Mais chez le vieux Marx, on retrouve le concept de durabilité communautaire et les principes de l’économie stationnaire dans sa théorie révolutionnaire. En explorant ses écrits plus tardifs, je me suis rendu compte que d’une certaine façon, il conjuguait déjà décroissance et communisme. Vers la fin de sa vie, dans ses carnets personnels, Karl Marx s’est intéressé aux limites de la croissance et a développé une pensée écologique conséquente et explicite. Il était pour un changement du système, mais pas en développant la production.

Au contraire, il était favorable à un retour à d’anciennes formes de production qui permettraient d’atteindre l’objectif d’une économie soutenable. Il s’agit du volet « décroissance » de sa pensée. D’où ma formule de « communisme de décroissance ».

On souligne pourtant rarement ce volet de sa pensée…

En France, où l’on retrouve pourtant un ancien et prestigieux courant de pensée de la décroissance – je pense par exemple à André Gorz, à Serge Latouche et à d’autres penseurs –, ces travaux de Marx sont en effet passés inaperçus. C’est d’autant plus surprenant que capitalisme et décroissance sont incompatibles. C’est la raison pour laquelle je déplace l’idée de décroissance d’un cadre capitaliste à un cadre communiste, à savoir dans un cadre qui s’appuie sur la notion du « commun », un communisme décentralisé et démocratique, aux antipodes de l’expérience soviétique.

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