Comment l’industrie fossile se recycle dans le plastique

Écrit par Hélène Seingier-Barros. Publié le . Modifié le .

Cet article est réservé aux abonné·es.

Imaginez le problème : vous êtes Total Énergies, Shell ou le raffineur chinois Sinopec, et certaines régions du monde commencent à bouder vos combustibles pour cause de transition écologique. Auprès de qui allez-vous écouler vos barils de pétrole et vos tonnes de gaz (de schiste) ? Un produit miraculeux pourrait vous sauver la mise. Un matériau auquel la planète entière est accro, qui tente de se faire passer pour un allié de l’environnement et peut vous rapporter gros. J’ai nommé : le plastique.

Remontons la chaîne de fabrication. La majorité du gaz naturel ou du pétrole extrait du sous-sol peut être transformée en combustible. Mais une partie subsiste sous forme de « sous-produits » : le naphta pour le pétrole, et des gaz comme l’éthane pour le gaz naturel. Des déchets ? Que nenni ! La pétrochimie entre en scène pour valoriser ces hydrocarbures de deuxième catégorie. Une bonne partie deviendra des pesticides ou des engrais, et le reste de la matière plastique, entre les mains expertes de géants comme ExxonMobil, Borealis ou Ineos. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le secteur de la pétrochimie engloutit déjà 12 % du pétrole mondial, sans parler du gaz ou du charbon.

Combustible sous forme solide

« Le plastique, c’est du combustible fossile sous forme solide, résume Andy Gheorghiu, de la coalition Break free from plastic. L’industrie plastique soutient l’un des secteurs les plus polluants au monde. » La recette du matériau est assez immuable : d’abord, « vapocraquez » une molécule d’hydrocarbure (cela consiste à casser les molécules organiques complexes en éléments plus petits). Le naphta ainsi « craqué » donne des molécules d’éthylène et de propylène, par exemple. Puis reliez ces molécules entre elles, sous forme de longs colliers – c’est la polymérisation. Dans notre exemple, vous obtenez du polyéthylène et du polypropylène. Enfin, ajoutez des additifs pour rendre votre polymère transparent, souple ou résistant aux flammes.

Les ingrédients de cette recette – polymères, additifs et substances permettant les réactions – proviennent dans leur immense majorité de matières fossiles. Par la magie de la pétrochimie, vous avez donc transformé vos sous-produits hydrocarbures en matière plastique. Des usines de plasturgie se chargeront de les convertir en mille objets plus ou moins utiles à la vie humaine, des emballages jetables aux pacemakers, des bouteilles d’eau aux carlingues de TGV.

Cet article est réservé aux abonné·es. Déjà abonné·e ? Connectez-vous.

Envie de lire la suite ? Pour profiter de l’ensemble de nos articles, abonnez-vous.

L’abonnement vous donne accès à l’intégralité de nos articles.

Voir les offres d’abonnement

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

À propos de l’auteur·ice
Hélène Seingier-Barros
Journaliste spécialisée sur l’écologie et membre du comité de rédaction de Le 1 Hebdo, elle a publié notamment deux ouvrages à propos du plastique : « Plastique, le grand emballement » (Stock, 2020) et « Réduire son empreinte plastique » (Ulmer, 2023).Retrouver tous ses articles.

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

À lire aussi