Les haies bocagères nous sont si familières que nous n’y prêtons plus garde. Et lorsqu’elles sont révoquées de nos paysages, nous ne nous en avisons guère. Il aura fallu 75 ans pour que le désastre soit évaluée à sa juste ampleur : il ne reste dans nos campagnes que 750 000 kilomètres de haies, soit une perte de 70 % depuis 1945. En cause, le remembrement et l’avènement du pétrole, qui ont accompagné la modernisation de l’agriculture et rendu la haie obsolète. Mais pas seulement. « Ce serait oublier l’urbanisation, la création de zones commerciales, d’autoroutes, de voies ferrées, le transport d’électricité… », relève Pierre Chatelon, coordonnateur agriculture et alimentation à l’Office français de la biodiversité (OFB), organisme chargé de la protection des haies.
Article issu de notre numéro 46 « Les cadres se rebiffent », disponible sur notre boutique.

Ce recul massif, qui se poursuit au rythme de 11 500 km par an, n’est pas anodin et n’est pas sans lien avec l’érosion très marquée de la biodiversité à la campagne, où un tiers des oiseaux nicheurs a disparu en quinze ans selon le programme Stoc (suivi temporel des oiseaux communs) du Muséum national d’histoire naturelle. Sans parler des insectes. « Les espèces qui connaissent un déclin ne sont pas forcément emblématiques, analyse Florian Kirchner, chargé du programme « Espèces » de l’Union internationale pour la conservation de la nature. C’est inquiétant, car cela signifie que la crise est profonde. » Si l’intensification des pratiques agricoles y est pour beaucoup, difficile de mesurer la part qui revient à l’arrachage des haies. Pour les chercheurs, elle reste indéniable. « Comment imaginer que la biodiversité est identique quand on a un champ de blé sur des centaines d’hectares et quand sur la même superficie, on a un paysage bocager ? », demande Nathalie Machon, professeure d’écologie au Muséum national d’histoire naturelle.





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