L’euphémisme : dire pour ne pas dire

Écrit par Philippe Vion-Dury. Publié le . Modifié le .

« La présidence d’Emmanuel Macron prend un tournant autoritaire. » « C’est un euphémisme ! » Voilà un échange d’éditorialistes auquel on n’assistera pas sur les plateaux télé. En matière d’euphémisme, on y entendra en revanche « plan social ». C’est rassurant, un plan social. Déjà, il y a « plan ». Quand on a un plan, c’est qu’on ne fait pas n’importe quoi. Des savants ont étudié des courbes, ils ont évalué le coût du travail, sa valeur ajoutée, et ils en ont conclu que ce n’était vraiment pas possible de continuer comme ça, de payer tous ces travailleurs et travailleuses si on voulait rester dans la course.

Mais le capitalisme ayant visage humain depuis que le bloc soviétique a rendu les crocs, ce plan-là est aussi « social ». Ce qui veut dire aménagé. On pourrait aussi bien dire gentil. Le plan social, c’est un licenciement plutôt sympa, enfin pas trop dur. Le but de cette opération rhétorique, comme la figure de style de l’euphémisme l’indique, c’est bien d’atténuer ce qu’il y aurait de choquant pour mieux le faire accepter. Et c’est là un des ressorts principaux des sociétés libérales depuis les années 1980 pour masquer leur violence. C’est bien connu, euphémisme pour euphémisme, le social-libéralisme de Macron n’a qu’une idée en tête : le dialogue social. Plutôt que du rapport de force, on veut de l’accord, du consensus, même si les parties « négocient » dans des positions très inégales.

En réalité, ainsi que l’a documenté Grégoire Chamayou dans La Société ingouvernable, le dialogue fut théorisé dès les débuts du néolibéralisme comme une arme de neutralisation des opposants : « Il épuise l’adversaire dans d’interminables pourparlers, et en posant le consensus comme norme absolue, il permet de disqualifier ceux qui refusent le dialogue comme des irresponsables. » 

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