La domination technique : une victoire pédagogique

Écrit par Philippe Vion-Dury. Publié le . Modifié le .

« Nous devons engager une réelle transition dans la sobriété des usages de l’eau, renforcer la gouvernance sur son partage, garantir l’accès à une eau potable de qualité et restaurer le grand cycle de l’eau. Une des clefs de la réussite passera par une planification efficace qui conduira très rapidement à la réalisation de projets. Pour coconstruire le plan d’action, j’ai mobilisé l’ensemble des parties prenantes afin de bâtir du consensus mais aussi repolitiser le sujet de l’eau. » Bérangère Couillard, secrétaire d’État à l’écologie, lors d’une séance publique au Sénat le 10 janvier dernier. Vous n’avez rien compris ? C‘est normal, c’est très technique.

Beaucoup a été dit sur la langue managériale et technocratique, que certains n’ont pas hésité à qualifier de « langue oppressive » comparable en cela à la langue du Troisième Reich, la Lingua Tertii Imperii. Certes, les technocrates fabriquent une langue à l’image de leur monde, et en retour la langue refait le monde à son image. Mais sur un plan plus pragmatique et quotidien, la langue technocratique masque surtout un grand vide de pensée. Mais pas que : sa fonction première reste de priver le citoyen de sa capacité à débattre. Les libéraux ont toujours été sceptiques quant à la capacité du peuple à se gouverner lui-même. Il lui fallait des représentants.

Néanmoins, avec un peuple éduqué, comment les dominants peuvent-ils encore justifier leur domination ? En resituant la chose politique dans des sphères inatteignables au sens commun : le plan technique. Barbara Stiegler l’a parfaitement noté dans Du cap aux grèves (Verdier, 2020) : « Le nouveau libéralisme transforme nécessairement la démocratie élective en un régime autoritaire, ce que rappelle à chaque fois le lexique du cap et de la pédagogie. » Dès que vous entendez « pédagogie » dans la bouche d’un représentant, rappelez-vous que cela signifie que vous êtes juste bon à être gouverné par lui.  

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