L’écologie tend à devenir la pierre de Rosette pour lire les grands conflits du monde. Bruno Latour s’y essayait avec brio en 2017 dans Où atterrir ? (La Découverte), analysant trumpisme et crise migratoire à partir d’une hypothèse : « On ne comprend rien aux positions politiques depuis cinquante ans si l’on ne donne pas une place centrale à la question du climat et à sa dénégation. » Le Zetkin Collective – un groupe de chercheurs, militants et étudiants de diverses nationalités – formé en Suède en 2018 (le nom fait référence à la communiste et féministe allemande Clara Zetkin, 1857-1933) part du même postulat pour proposer la première grande étude de l’écologie politique de l’extrême droite. Centré sur l’Europe mais évoquant aussi les États-Unis et le Brésil, Fascisme fossile mobilise une grille de lecture marxisante pour décrypter comment l’extrême droite s’est saisie du sujet climatique, puis projeter des scénarios possibles à partir de cette analyse. L’ensemble offre des réflexions particulièrement stimulantes. Le rapport de l’extrême droite avec les énergies fossiles – dont la nature des stocks enfouis dans la terre permet une récupération identitaire – se mêle à un discours ambivalent, entre négationnisme climatique et « nationalisme vert » admettant un dérèglement mais seulement causé par la démographie des pays du Sud. Ce travail théorique débouche sur des perspectives convaincantes – et effrayantes – sur la façon dont le fascisme fossile pourrait venir à la rescousse d’un capitalisme en danger de mort, et donner aux années 2020 des airs d’années 1920.
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Par Nolwenn Jaumouillé







