La recherche d’une nouvelle harmonie
Gravure de la communauté de New Harmony telle qu’imaginée par Robert Owen, réalisée en 1838 par F. Bate.
New Harmony (1825-1827), le « nouveau monde moral » de Robert Owen
« Un essai hardi mais prématuré. » Ce seront les mots de William et Robert Dale Owen pour évoquer la tentative de « communauté d’égalité parfaite » de leur père. L’expérience commence en 1825, avec l’acquisition par Robert Owen du village d’Harmony et de 10 000 hectares de terres dans l’Indiana, sur les bords de la rivière Wabash. Le Gallois les achète 135 000 dollars à une communauté protestante, les Rappistes, qui vivent là depuis une dizaine d’années. Ils abandonnent manufactures, boutiques, maisons et granges pour les confier à Owen.
Article issu de notre hors-série « Comment nous pourrions vivre », avec Corinne Morel Darleux, rédactrice en chef invitée. 180 pages à découvrir sur notre boutique.

Le nouveau propriétaire n’en est pas à ses premières expérimentations. Robert Owen s’est fait connaître avec ses idées de réforme sociale, qu’il a appliquées dans sa filature de New Lanark, en Écosse (création d’une caisse d’assurance-maladie, augmentation du salaire, réduction du temps de travail). Dès 1817, il défend l’idée d’une journée de « 8 heures de travail, 8 heures de loisir et 8 heures de repos ». Opposé à la propriété privée, à toute religion organisée, à l’indissolubilité du mariage et partisan de l’égalité des sexes, Owen est convaincu que les êtres humains sont entièrement façonnés par leur environnement. En créant New Harmony, qui prendrait dans ses rêves la forme d’un parallélogramme avec une serre en son centre et des salles de discussion aux angles, c’est avant tout l’Homme qu’il cherche à améliorer, en le plongeant dans un « nouveau monde moral ».
Jusqu’à 800 personnes venues de tous horizons, dont le naturaliste français Charles-Alexandre Lesueur, se joignent à l’aventure. Elle prendra fin au bout de deux ans, laminée par les conflits personnels, les changements incessants dans l’organisation de la communauté et l’incapacité des membres à cultiver les terres de cette « Nouvelle Harmonie », contrairement à leurs prédécesseurs rappistes. Le projet de Robert Owen lui aura fait perdre 80 % de sa fortune, mais fera de lui l’un des instigateurs du mouvement coopératif.
Des stères d’utopies
Portrait de Charles Fourier par Jean-François Gigoux, 1835, ©Fonds Françoise Foliot.
Le phalanstère, lieu des « passions » de Fourier
Tous les jours, à midi, Charles Fourier (1772-1837) rentre chez lui déjeuner, dans son appartement parisien de la rue Richelieu. Issu d’un milieu aisé mais essoré par la Révolution, il attend un hypothétique mécène prêt à financer son projet : le phalanstère. Il a imaginé ce lieu de vie pour mettre fin aux désordres causés par l’industrie et le commerce tout-puissants. L’ensemble des phalanstères, réunis en une fédération à l’échelle du monde, doivent mener le genre humain jusqu’au stade ultime, celui de l’Harmonie. Voué essentiellement au travail de la terre, chaque phalanstère doit être composé de 1 620 personnes ; les 810 hommes et 810 femmes correspondant à l’ensemble des « caractères » supposément identifiés par Fourier.









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