Alexandre Monnin et Cédric Durand : « La planification écologique, c’est de la démocratie augmentée »

Écrit par Elsa Gautier. Publié le . Modifié le .Illustration par Photos : Anne Mocaër et Antoine Seiter

Cet article est réservé aux abonné·es.

Vous parlez, Alexandre Monnin, de « redirection écologique », et vous, Cédric Durand, de « bifurcation ». Qu’est-ce que vos approches ont en commun avec la perspective de la décroissance ?

Cédric Durand Avec mon co-auteur Razmig Keucheyan, nous reconnaissons la validité de travaux de recherche, aujourd’hui extrêmement féconds, qui démontrent que l’horizon de la « croissance verte » est une aporie. Il existe des découplages entre croissance et impact environnemental dans telle ou telle dimension, dans tel ou tel territoire, mais il n’y a pas de véritable découplage d’ensemble. On peut imaginer à la rigueur, théoriquement, un découplage temporaire.

Article à retrouver dans notre hors-série « Décroissance : Réinventer l’abondance », disponible en kiosque, librairie et sur notre boutique.

Mais même en déployant le plus efficacement possible certaines technologies, il y a un moment où, de toute façon, il faudrait à nouveau prendre davantage sur la nature. Donc au fond, l’idée de décroissance souligne le fait qu’il est impossible d’avoir une croissance infinie sans impact accru sur la nature. On se l’approprie de deux manières. D’abord pour dire que la planification, qui doit permettre la bifurcation écologique, a pour principal objectif de diminuer l’empreinte matérielle des activités humaines.

On ne parle donc pas de décroissance économique, on parle de décroissance matérielle. Et ce qu’on propose pour atteindre cette décroissance matérielle, ce n’est pas tellement la décroissance du PIB – qui à notre avis n’est pas le bon indicateur –, c’est de la post-croissance. Il s’agit de mettre en place une série d’institutions pour piloter l’activité économique en intégrant une dimension qualitative, qui nous fasse sortir de l’indicateur unique du PIB. 

Alexandre Monnin Je suis tout à fait en accord avec l’idée de décroître matériellement, plutôt que de regarder uniquement des indicateurs économiques. Et, à mes yeux, il y a un enjeu, quand on réfléchit à la décroissance, à passer de propositions philosophiques ou de mots d’ordres généraux – qui ont toute leur validité en tant que tels – à des leviers d’action plus concrets. C’est vers ça que tend la « redirection écologique » que je défends avec mes collègues : répondre à des problématiques qui se posent à l’échelle de territoires, de collectivités ou d’organisations.

Vous vous rejoignez dans la défense, chacun à votre manière, d’une forme de planification. Or, historiquement, la planification a plutôt été le déploiement de nouvelles capacités productives et d’infrastructures. Vous parlez au contraire de fermeture, de démantèlement. Comment imaginer une telle planification « négative » ? Et quels sont les principaux freins à l’organisation du renoncement ?

C. D. Le capitalisme est un productivisme, dans le sens où chaque entreprise, ou chaque actionnaire, cherche à augmenter son capital. Donc il y a vraiment une pulsion à la croissance et à l’expansion qui est au cœur de la machine. Mais il y a autre chose. Un des obstacles majeurs au fait de « démanteler » certaines activités, pour reprendre un terme que vous avez pu mobiliser, Alexandre, c’est que ces opérations ne génèrent pas de profit. Il est possible d’interdire certaines choses aux capitalistes, mais les forcer à faire quelque chose qui n’est pas rentable, c’est impossible.

On est donc obligés de changer de modèle. L’action publique est nécessaire pour financer ces activités qui n’ont aucune perspective de rentabilité. Ce qui impose une transformation de notre rapport à l’économie, parce qu’il faut socialiser le coût du démantèlement, le prendre en charge collectivement. 

Cet article est réservé aux abonné·es. Déjà abonné·e ? Connectez-vous.

Envie de lire la suite ? Pour profiter de l’ensemble de nos articles, abonnez-vous.

L’abonnement vous donne accès à l’intégralité de nos articles.

Voir les offres d’abonnement

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

À propos de l’auteur·ice
Elsa Gautier
Elsa Gautier est rédactrice en chef du magazine Socialter.Retrouver tous ses articles.

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

À lire aussi