Science et conscience

Écrit par Youness Bousenna. Publié le . Modifié le .

L’épistémologie peut, à première vue, passer pour ennuyeuse et sans enjeu. Mais penser nos manières de penser n’est pas seulement un objet passionnant : questionner la fabrique de la science est émancipateur. Sur le sujet, l’œuvre d’Isabelle Stengers est capitale. La philosophe belge a produit une pensée critique de la conception que les scientifiques se font de leur domaine et des fictions que colportent leurs discours, à l’aune des bouleversements intellectuels introduits par l’écologie. La parution en un épais volume des 7 Cosmopolitiques publiés séparément entre 1996 et 1997 rappelle le geste pionnier de cette penseuse atypique, dont la formation universitaire en chimie offre une connaissance intime des sciences « dures ».

Celles-ci sont au cœur de ses réflexions, qui puisent leur matière dans l’histoire de la physique et de la biologie du vivant. À travers des développements complexes mais captivants, Isabelle Stengers défend une « écologie des pratiques » : face à la prétention des discours scientifiques de détenir le monopole de la vérité, la philosophe propose cet « espace de coexistence » où les disciplines sauraient pluraliser leur approche, sans visée hégémonique. Et de ce fait, les politiser : là est le fond de la proposition cosmopolitique, cette « inconnue qui fait bifurquer notre définition » de la chose commune. À quand un Parlement cosmopolitique où l’on s’accroupirait « comme les Africains savent le faire lorsque vient le temps du palabre » ? 

Cosmopolitiques, Isabelle Stengers, La Découverte, 28 avril 2022, 632 pages, 26 €.

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Youness Bousenna
À propos de l’auteur·ice
Youness Bousenna
Journaliste. Son travail apparait notamment dans Telerama, Socialter, Le Monde, Limite. Il est également l’auteur de Albert Camus, l’éternité est ici (Première partie, 2019).Retrouver tous ses articles.

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