Nouvelle inédite issu de notre hors-série de 180 pages « Comment nous pourrions vivre », disponible sur notre boutique.

Février 2050
*
D’abord, il y a les falaises.
Un immense écran de roche qui dévore l’horizon. Massif de verticalité.
La route qui monte de la vallée est pentue et sinueuse, envahie d’arbustes et de buissons. Ce n’est qu’au tout dernier virage que l’on découvre notre minuscule vallée. Que le regard peut l’embrasser.
La barrière de calcaire est si imposante, si frontale qu’elle en semble lisse. Le regard ne sait où se fixer. Le relief n’apparaît qu’avec les derniers rayons de soleil – ou les premiers, comme à présent. La montagne se teinte alors de rose et d’orangé, la lumière oblique vient souligner le grain de la pierre ; recoins et surplombs semblent jaillir de la falaise. Dans les anfractuosités se dessinent des figures de loup et des nids de fées.
On ne peut venir que par la route.
C’est cette barrière naturelle, aussi, que tu viens chercher.
*
Je t’en prie, non. J’attends depuis trop longtemps. Ne t’arrête pas maintenant.
As-tu besoin de te reposer ? Es-tu si las de tracter ce traîneau à roues que je devine derrière toi ? Mais tu es jeune encore et, je l’espère, entraîné.
Ou est-ce que ton cœur s’est serré à la vue de ces sommets ? Tu ne te sens pas prêt, n’est-ce pas ? Oui, je le vois. Je te connais. Tu grappilles quelques minutes. Tu n’es pas essoufflé. Tu cherches juste à retarder ton arrivée.
Ces falaises, ce qu’elles recèlent à leur pied. Tu ne sais pas encore ce que tu vas y découvrir, tu as peur d’être terrassé. Je sais l’effet de nos montagnes sur l’anxiété, ne t’en fais pas. On ne s’habitue pas à leur beauté écrasante, même après des années.
*
Plus loin, il y a la maison, mais tu ne la vois pas encore.







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