Comment hacker une émission de débat ?

Écrit par Nicolas Framont. Publié le . Modifié le .Illustration par Illustration : Kévin Deneufchatel

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Quand on est partisan de plus de justice sociale voire d’un changement de société, soyons fous, intervenir sur un média télévisé n’est pas une promenade de santé. Pour de nombreux militants de gauche, c’est même carrément une faute de goût. On ne devrait pas mettre les pieds dans ces antennes du capitalisme bourgeois, « et d’ailleurs moi je n’ai pas de télé », rajoute en général l’activiste à cheval sur ses principes. Hélas, moi j’en ai une, et j’adore, comme beaucoup de gens, voir débarquer une ou un gauchiste qui balance sa haine des bourgeois sur un plateau composé de gens polis et distingués.

Article à retrouver dans notre hors-série « Manuel d’autodéfense intellectuelle », en librairie et sur notre boutique.

Je peux regarder en boucle des syndicalistes jeter du réel à la tronche des éditocrates, une activiste du climat reproduire un moment « Don’t look up » et j’avoue que oui, j’ai aimé voir Louis Boyard dénoncer Bolloré sur sa propre chaîne. Mais ces séquences ont un prix pour celles et ceux qui les mènent : se farcir la participation à un dispositif où tout concourt à vous faire passer pour un débile, un rebelle échevelé voire à vous retirer la parole. 

« Faut-il aller dans les grands médias ? » 

Cette question est une tarte à la crème du militantisme anticapitaliste ou de l’écologisme radical. Quand on porte des idées opposées à la société bourgeoise, est-il pertinent de se rendre dans les médias détenus par la classe dominante ? On peut répondre à cette question de façon morale : non, il ne faut pas s’y rendre, car ce sont des médias bourgeois, c’est mal. Il ne faut pas non plus porter de vêtements Nike, avoir un smartphone et d’ailleurs il est impossible pour moi de répondre à cette question car je vis dans une tiny house au fin fond du Morvan sans Internet ni téléphone. 

La vraie question est celle de la possibilité de le faire utilement : est-ce que cela peut servir à quelque chose d’y pointer son museau ou au contraire se retourner contre vous et vos idées ? Pierre Bourdieu, dans Sur la télévision, un petit livre qui est désormais cité hors contexte par tout défenseur de la pureté militante, démontre que les émissions de télé fonctionnent pour l’audimat et favorisent donc une pensée rapide, dans l’urgence, et des intellectuels capables de raconter tout sur tout n’importe comment. Tout cela est vrai, mais ça n’empêche pas de tenter d’y amener, par effraction, autre chose. Cela nécessite toutefois de se conformer un minimum au dispositif voire de s’y adapter, ce qui n’est une expérience ni facile, ni plaisante. 

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À propos de l’auteur·ice
Nicolas Framont
Nicolas Framont est sociologue, essayiste, fondateur et rédacteur en chef de Frustration magazine. Il a récemment publié « Parasites » aux Éditions Les Liens qui Libèrent.Retrouver tous ses articles.

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