Climat : les étudiants prêts à sauver la planète ?

Écrit par Juliette Vienot. Publié le . Modifié le .Illustration par © Markus Spiske

Publiée en septembre 2020, la Consultation Nationale Étudiante (CNE) a recueilli l’avis et mesuré l’engagement des étudiants autour de cinq thèmes : société, consommation, campus, formation et insertion professionnelle. Cette enquête est réalisée tous les trois ans par le Réseau français des étudiants pour le développement durable (REFEDD), qui rassemble plus de 150 associations pour mener des projets sur l’alimentation durable, la biodiversité, le climat et les déchets.

 Un changement de société est nécessaire

D’après le rapport de la CNE, les étudiants interrogés estiment qu’un autre fonctionnement de la société est nécessaire. Ainsi, ils sont très nombreux à penser que les actions des entreprises ne sont pas à la hauteur des problèmes environnementaux auxquels nous faisons face. Pour 94% des répondants, ces enjeux sont « insuffisamment voire pas du tout pris en compte dans les décisions des dirigeants d’entreprises », alors qu’ils considèrent à 47% qu’elles sont les « premières responsables des dégâts environnementaux », loin devant les « gouvernements » (26%). 64% des personnes interrogées estiment que « contraindre les États, les organisations et les entreprises à respecter l’environnement sous peine de sanctions est une bonne solution » pour faire face au réchauffement climatique. 

Le climato-scepticisme n’est plus une option 

95% des étudiants reconnaissent que le changement climatique est « majoritairement lié aux activités humaines », tandis que moins de 1% nient son existence. Il s’agit d’une génération qui a appris dès son plus jeune âge la réalité des dégâts environnementaux et la nécessité de tout faire pour les éviter. Cette conscience aiguisée des dérèglements auxquels nous faisons face est, pour ces jeunes, une source d’éco-anxiété : 85% des répondants se disent « inquiet·e·s » voire « angoissé·e·s » pour leur avenir au regard du changement climatique. Ce sentiment touche particulièrement les femmes. Elles sont 90% à l’éprouver, contre 80% des hommes. 

Grâce à une analyse plus fine des résultats, le REFEDD a pu mettre en évidence l’existence d’une corrélation entre cette inquiétude au regard du réchauffement climatique et deux autres variables. Les répondants ont tendance à être plus « inquiet·e·s » ou « angoissé·e·s » s’ils considèrent que les questions environnementales sont « insuffisamment traitées » voire « absentes » des discussions médiatiques et politiques, et/ou s’ils pensent que les intérêts des générations futures ne sont pas assez pris en compte dans les décisions politiques.

L’enquête menée par le REFEDD permet de dresser un portrait plus précis de cette population d’étudiants. Elle fait ressortir trois profils de répondants : les « sensibilisé·e·s » (57%), les « engagé·e·s » (38%), et les « climato-sceptiques » (5% en incluant les personnes pour qui le réchauffement climatique existe, mais est principalement d’origine naturelle). 

Le clivage majeur qui traverse la population étudiante est celui qui sépare les « sensibilisé·e·s » et les « engagé·e·s » : bien qu’ils partagent le même constat de l’existence du réchauffement climatique et la même inquiétude à son propos, c’est seulement pour les « engagé·e·s » que ces faits se traduisent en acte. Ils sont plus nombreux que les autres à déclarer avoir déjà changé leurs habitudes de consommation pour qu’elles soient plus respectueuses de l’environnement, et ils ont tendance à « être plus engagé·e·s dans une association liée aux enjeux environnementaux ou sociaux que les autres groupes ». 

Selon le rapport, les « sensibilisé·e·s » rencontrent trois obstacles principaux dans leur passage à l’action. Le premier est financier : les « non-boursiers » sont surreprésentés dans la catégorie des « engagé·e·s » (41%), qui sont pour beaucoup des enfants de CSP+, contrairement aux « sensibilisé·e·s ». Le second est le manque d’accès à l’information : plus d’un tiers des personnes du groupe des « engagé·e·s » suivent une formation liée aux enjeux environnementaux, souvent dans un cursus long. Au contraire, beaucoup de personnes « sensibilisé·e·s » disent entendre peu parler d’environnement dans leur formation, et la majorité ne se sent pas assez formée à ces questions. 

L’autonomie est le dernier critère qui semble jouer sur l’engagement. Parmi les « sensibilisées », on compte beaucoup de jeunes de 17 à 19 ans, avec une surreprésentation de ceux qui vivent encore chez leurs parents ou dans une résidence universitaire. Selon le rapport, « le fait de quitter le foyer familial peut apparaître comme un moment propice à […] une remise en cause de ses habitudes de consommation ». 

Former tous les étudiants

Le rapport recommande de former davantage et systématiquement les étudiants aux défis climatique et écologique. Il s’agit d’abord d’une demande des étudiants eux-mêmes, puisque « 69% souhaitent être davantage formé·e·s aux enjeux environnementaux ». Mais c’est aussi une nécessité pour bâtir une société plus respectueuse du vivant. Avec 69% des étudiants ne suivant pas une formation liée à l’environnement qui « entendent très peu voire pas du tout » parler de ces enjeux dans leur cursus, comment peut-on espérer un jour s’attaquer sérieusement au changement climatique ? 

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À propos de l’auteur·ice
Juliette Vienot
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