La permanence d’un cliché tenace – celui d’une allergie historique entre campagnes conservatrices et villes à gauche – a longtemps contribué à invisibiliser les paysans des récits de luttes révolutionnaires et émancipatrices. « Le plus souvent, observe par exemple la sociologue Élise Roullaud, lorsque l’on évoque Mai 68, ce sont des visages d’étudiants et d’étudiantes ou d’ouvriers et d’ouvrières, des images de barricades érigées dans les rues parisiennes qui viennent à l’esprit. »
Article issu de notre n°67 « Résistances rurales », disponible en kiosque, en librairies et sur notre boutique.

Pourtant, le 24 mai 1968, c’est une horde de tracteurs, flanquée de deux mille paysans, qui pénètre dans Nantes pour y rabattre l’édredon de la révolution. La ville est au bord de l’insurrection depuis le début des « événements de mai » – dix jours plus tôt, c’est à quelques kilomètres que fut sonné le coup d’envoi de la grève générale avec l’occupation, par ses ouvriers, de l’usine Sud-Aviation. Au cortège paysan se joignent ouvriers et étudiants, qui convergent en une procession joyeuse et combative vers la place Royale, au centre de la ville. Cette dernière est aussitôt rebaptisée « place du Peuple » tandis que du haut de sa fontaine, deux paysans de Couëron – les frères Blineau – brandissent une banderole incisive : « Non au système capitaliste, oui à la révolution complète de la société. »



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